Date: Wed, 2 Jul 2014 17:49:22 +0100
From: Adelard Dore <adelardore@yahoo.fr>
Subject: Big Apple 19

Big Apple 19

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toutes les histoires qui y sont racontées.  Une contribution serait donc
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L'Apollon de FlatIron

Au temps de mes rencontres avec le docteur Svihovic (voir les épisodes
7, 8, 9 et 10), je sortais de chez lui ou de sa clinique extrêmement
excité et bandé à craquer.  Souvent, je me précipitais chez moi
à Brooklyn, tout de suite après nos rencontres, et je me masturbais
pour relâcher mes tensions. Parfois, je me rendais dans l'un ou l'autre
des bars que je fréquentais régulièrement tels Uncle Charly's
Downtown situé sur Greenwich Avenue ou la taverne Julius au coin de
Waverly et Tenth Street, tout près de la résidence du docteur.
J'espérais chaque fois y rencontrer le fantasme qui me permettrait
d'avoir l'impression que ma vie était aussi excitante que celle de mon
beau docteur.  Mais, la plupart du temps, après quelques bières, je
me retrouvais tout seul, pour rentrer à Brooklyn la tête basse et
molle tandis que ma queue était toujours haute, droite et dure.  Une fin
d'après-midi pluvieuse, sous le parapluie, j'ai décidé de faire
une promenade et de remonter Broadway.

Après FlatIron Building (Édifice appelé ainsi à cause de sa
forme en fer à repasser), il y avait toujours, de 15 heures à 21
heures, une sorte de marché de rue entre la 23è et la 36è Rue
environ, du côté ouest.  On y soldait des marchandises faussement
griffées, des babioles de toutes sortes mais surtout, et pour ça on y
faisait de bonnes affaires, des draps, des tissus et des vêtements de
base tels des chaussettes, des slips, des pyjamas... Ces comptoirs
étaient presque totalement tenus par des Noirs.  Vers 21 heures, quand
ils commençaient à ranger leur marchandise, ils allumaient parfois
des braseros, pour la bouffe mais aussi pour se réchauffer, et ils y
faisaient cuire leur collation du soir avant de rentrer chez eux.  Certains
se préparaient même à dormir sur place, enfoncés contre la
grille d'une entrée de boutique déjà fermée depuis longtemps.
Les caisses vides de marchandises s'empilaient sur le bord de la rue
attendant les éboueurs de nuit et il devenait difficile de circuler dans
ce coin de quartier avant que ces derniers ne vinssent tout ramasser,
tellement la rue était encombrée.

Donc, vers 19 heures ce soir-là, j'atteignais FlatIron, et je me suis
dit que ce serait agréable de me remplir les yeux des beaux corps de
Noirs qui travaillaient à ce marché pour être en mesure ensuite de
fantasmer avec une galerie-souvenirs.

À la hauteur de la 30è Rue, je vis un Noir qui était
particulièrement mon genre : grand, mince, la taille très fine d'où
jaillissait des fesses bombées qui semblaient dures, tendues, dodues et
juteuses comme des mangues géantes.  Sa tête avait la forme d'une
fine poire inversée, avec une ossature évidente qui rendait la
mâchoire saillante et lui conférait un air mâle et conquérant.
Il avait des yeux noirs vifs enfoncés dans une chair blanchâtre aux
reflets jaunes.  Sa bouche était impressionnante. La lèvre
supérieure formait une grand M dont la forme centrale en V était
relevée pour former un tout petit V justement.  Les pattes latérales
du M s'étiraient en longueur pour élargir la bouche.  La lèvre
inférieure, de son côté, était étroite, gonflée et
rabattue un peu sur le creux du menton.  C'était une bouche à
rêver qu'elle vous suce.  On mouillait juste à penser que sa queue
glisserait lentement entre le passage rétrécit de la lèvre
supérieure et l'appui charnu, voluptueux, et qui semblait gras, de la
lèvre inférieure.  Et que dire de sa langue quand il ouvrait la
bouche pour parler ou s'humecter les lèvres?  Une vraie langue de jeune
veau qui avait l'air juste assez râpeuse pour agacer divinement un frein
délicat et enrober savamment un gland aventureux.  Évidemment, je me
disais que cette beauté n'était pas pour moi et j'imaginais les nuits
torrides qu'il devait passer à baiser.

Toutefois, histoire de ne pas laisser passer Dieu sans lui dire bonjour, je
me suis approché de lui, je devrais dire de son étalage, et j'ai
commencé un véritable questionnaire sur les draps, leur qualité,
leur résistance à toutes sortes d'activités, laissant paraître
en souriant la nature véritable des activités auxquelles je
souhaitais les soumettre.  Il riait, sortant à l'occasion sa divine
langue.  Je m'enquérais de leur résistance aux taches, surtout celles
qui étaient les plus compromettantes quand on recevait un nouveau
partenaire.  « A new partner », l'expression anglaise, neutre, lui
laissait l'opportunité d'y étendre la personne qu'il aurait souhaité
y voir.  Et moi, je pouvais ainsi voir se glisser dans son esprit la petite
bactérie corruptible du sexe qui finit par envahir tout l'être dès
que cessent les activités de la journée et qu'on se retrouve face au
silence de la nuit, à sa solitude, à rien.  Elle surgit alors comme
une infection, trouble le repos ou le sommeil et ne cesse sa progression
que lorsque l'on consent enfin à la traiter avec diligence c'est
-à-dire avec un partenaire que l'on baise, si d'aucun est disponible, ou
par une bonne branle si on est tout seul.  Après la jouissance, le
système immunitaire de la quotidienneté et de la banalité
rétablit l'équilibre et revient alors la santé de l'esprit,
c'est-à-dire l'insignifiance de la vie.  Car la vie ne nous demande rien
d'autre que de copuler pour nous reproduire si possible.  Cette exigence
étant accomplie, elle ne cherche plus qu'à nous tuer (ce sont les
maladies de la vieillesse) pour se débarrasser de nous afin de
concentrer son attention sur nos enfants.

Plus beaux, plus jeunes et plus sexés que nous à qui l'âge fera
perdre bien des charmes, la Vie va demander à nos enfants, si nous en
avons, la même chose qu'à nous précédemment : baiser et se
reproduire « ad saecula saeculorum » (pendant les siècles des
siècles) selon la formule du Credo de Nicée.

Tout imprégné de nos allusions réciproques, j'ai acheté un drap
en lui disant que je voulais l'éprouver avant d'en acheter un autre.  Je
m'assurai qu'il serait bien là le lendemain et je suis rentré
tristement à Brooklyn terminer ce qui s'était préparé chez le
docteur Svihovic et avait achevé de macérer dans mon sac de couilles
après ma rencontre avec ce beau Noir c'est-à-dire une terrible bonne
branle.

Le lendemain soir, j'étais de retour à FlatIron.  Il était là,
tout sourire comme s'il m'attendait.  Je lui confirmai la bonne qualité
de ses draps.  Je lui ai dit que je les avais soumis à rude épreuve,
en ne précisant pas la nature de l'épreuve, pour être bien sûr,
encore une fois, que son imagination en mettrait plus que mes paroles.  Il
a ri de bon cœur.  J'ai acheté d'autres draps puis, au hasard,
prenant une initiative que je croyais perdue d'avance, je lui ai proposé
de l'attendre jusqu'à la toute fin de son travail et de l'amener
dîner où il voulait soit dans un resto de Chelsea tout près, soit
chez moi à Brooklyn Heights.  Il parut hésiter, jongler avec mes
suggestions, essayer de lire ce que chacune recelait de risques, tenter
d'analyser mes intentions et son envie d'y prendre part, puis, finalement
il a conclu avec fermeté : « On va chez toi! Mais cela me pose un
problème.  J'habite dans le Bronx, près la station Freeman Street.
Alors, compte tenu de l'heure tardive qu'il sera, je ne pourrai pas
retourner chez moi cette nuit.  Tu devras donc me trouver un coin dans ton
appartement pour pieuter ou me payer le taxi», ajouta-t-il en riant,
sachant fort bien que le montant de la course serait astronomique.  Tu
parles si j'étais d'accord!  Dormir avec ce beau mâle abyssin chez
moi!  Wow! Quelle chance!  Je m'en léchais déjà les lèvres sans
lui avoir encore touché.

Je lui fis cuire un bifteck accompagné de pommes frites et lui servit
aussi une salade.  « Il y a longtemps, dit-il, que je n'ai pas mangé
un aussi bon repas, complet et dans le cadre d'une maison normale.»
Ainsi j'appris qu'il habitait en face des lignes du métro aérien à
Bronx.  Je me souvenais d'être passé par là en voiture un mois
plus tôt en revenant de Fire Island.  C'était un endroit
cauchemardesque.  La rue était complètement recouverte par l'horrible
structure en acier du métro.  Il ne restait qu'une sorte de claire- voix
pour laisser passer la lumière du jour le long des trottoirs.

 Sous la structure d'acier, il y avait partout des voitures abandonnées,
rouillées, abîmées dans un sommeil éternel.  Des caisses de
bière et des bouteilles cassées jonchaient souvent la chaussée
éclairée la nuit par la lueur fantomatique des lampadaires de New
York, habillant tout le décor d'un jaune sale et suspect.

Il habitait seul une chambre sans commodités (les toilettes et la salle
de bain étaient au bout du couloir et desservaient dix locataires.  Et
comme pour «faire au malheur bonne mesure», la fenêtre de sa
chambre à l'étage donnait directement sur les rails du métro.  Le
métro newyorkais roulant fer sur fer, le grincement métallique des
freins, le démarrage des rames, il habitait presque devant la station en
plus, tout cela ajoutait aux charmes indiscrets du lieu.

Au fur et à mesure que je tentais d'amener la conversation sur sa vie
sexuelle, il se faisait plus confident.  C'est ainsi que j'appris qu'il
avait décidé un jour de s'amuser en tirant profit de la situation
exceptionnelle de sa fenêtre de chambre.  Il me raconta que les rames de
métro allaient très lentement quand elles passaient devant sa
fenêtre puisqu'elles se préparaient à arrêter à la station
Freeman Street.  Et parfois aux heures de pointe, quand elles étaient
une minute ou deux d'avance sur leur temps, il leur arrivait de
s'immobiliser complètement devant sa fenêtre de chambre.  Il voyait
alors parfaitement les passagers qui se trouvaient à faire face à sa
fenêtre.  Il était simple d'imaginer que les passagers le voyaient
aussi très nettement s'il y avait de la lumière dans la chambre et
que les stores étaient levés.  Un soir de congé, il se mit tout
nu, n'eut aucune difficulté à bander_ abstinence d'une semaine
oblige_ il s'appuya sur le cadre de la fenêtre et il se masturba
lentement espérant l'arrivée d'un train qui serait en avance.
Quelques rames passèrent leur chemin, mais assez lentement pour qu'il
s'aperçoive que des passagers avaient remarqué son exercice
uniquement à la surprise qui se lisait tout d'un coup sur leur visage
fatigué et rapidement étonné avant de disparaître .  Enfin, une
rame ralentit de loin et vint s'immobiliser devant sa fenêtre.  Son
excitation était telle qu'il vit, comme dans un halo, des personnes, les
yeux exorbités de surprise, incrédules et sans doute excitées.
Elles le regardaient se branler dans le cadre de la fenêtre, tout nu,
dans une pièce toute éclairée.

Cette première expérience fut très forte de sensations.  Il jouit
juste après le départ du train, la tête pleine des figures des
passagers ahuris.  Il répéta l'expérience plusieurs fois, mais il
ne craignait plus de dévisager les passagers et de fixer son attention
sur le passager qui lui plaisait davantage.  Il giclait à chaque fois
comme un geyser après le départ du train.  Il me racontait tout cela
en riant comme un collégien s'amusant de ses frasques.

La confidence de ses pratiques avec les passagers du métro me permit
d'aborder de façon plus globale son orientation sexuelle et ses goûts
particuliers en la matière.  Quand je lui ai demandé s'il avait une
petite amie, il m'a répondu tout sourire : « Ce n'est pas ma tasse de
thé ».  J'avais une partie de ma réponse.  Je lui ai demandé
alors carrément s'il préférait les hommes.  Il me répondit
affirmativement mais pour ajouter aussitôt qu'il était voyeur et
exhibitionniste et que baiser au sens commun du terme, ce n'était pas ce
qu'il cherchait.  Il voulait voir et se montrer.  Le métro lui donnait
une occasion de se montrer mais laissait insatisfait son besoin de voir.  «
Que fais-tu alors de tes goûts de voyeur? » La question se plaçait
toute seule.  « Je vais dans les peep shows.  Il y en a justement un
très bon sur Chistopher Street au coin de Hudson Street.  Dans le
sous-sol, il y a de nombreuses cabines de visionnement et dans chacune
d'elle, sur ta gauche et sur ta droite il y a un bouton qui active une
cloison mobile.  Tu regardes qui entrent, par exemple, dans les cabines 4
et 6 et tu choisis la 5.  Si tu actives le bouton vert du côté de la
cabine 4, l'occupant voit le bouton rouge clignoter du côté de ta
cabine.  S'il a envie de faire un show avec toi, il enfonce le bouton vert
de sa cabine qui est de ton côté et la cloison entre sa cabine et la
tienne se baisse.  Une glace en plastique continue de séparer les deux
cabines mais on peut se donner un vrai bon show.  Quand tu en as assez, ou
si le gars cesse de t'exciter, tu enfonces le bouton rouge et la cloison
remonte.  En somme, il faut l'accord des deux pour que la cloison se baisse
et la décision d'un seul pour qu'elle remonte. C'est génial!  Et
puis, si tu as envie que le show soit à trois, tu enfonces le bouton de
la cabine 6 et les trois, on se retrouve dans une cabine vitrée avec vue
parfaite dans les deux autres » Il répéta à deux reprises : «
C'est génial!  C'est génial! » Il avait découvert l'Eldorado.

Je connaissais l'endroit dont il parlait Chistopher Street, mais je ne
savais pas que ces cabines existaient au sous-sol.  Il m'apprit qu'il
fallait demander au caissier pour qu'il vous ouvre la porte.  C'était
une façon de contrôler l'entrée des mineurs.  «Mais,
ajouta-t-il, quand tu veux du sexe, tu n'as pas toujours envie de te
retrouver dans une cabine et attendre que quelqu'un de plaisant
arrive. Souvent dans ces cabines, il n'y a que des messieurs âgés et
bedonnants.  Il ne me reste plus qu'à spank the monkey (donner la
fessée au singe, selon l'expression américaine pour se masturber).»
Et il se mit à rire.  Je n'allais pas laisser passer l'occasion. «
Mais, ici et maintenant, dis-je, il y a peut-être tous les
ingrédients réunis.  Je suis également voyeur et exhibitionniste.
On pourrait s'amuser un peu, non?» Son sourire devint encore plus
marqué.  Qu'il était beau!  Surtout quand il souriait et sortait un
peu langue.

« C'est une idée!» dit-il.  Mais alors, on ne fera pas comme dans
les cabines.  On va attendre l'occasion, je veux dire le bon moment.  Ce
sera plus cochon, non?» J'étais bien d'accord avec lui mais
qu'entendait-il par occasion et bon moment...Plus tard?... Au
coucher?... Demain?...La semaine prochaine?...ou jamais finalement?  Il
sentit mon désarroi et mon interrogation.  Il précisa alors :
«Quand le bon moment arrive, on pose un premier geste et on sait tout de
suite que le moment est venu.»

Il me demanda pour prendre un bain car il sentait mauvais m'avoua-t-il.  Je
m'en étais bien rendu compte mais ça m'excitait terriblement.
Toutefois, c'est une chose de sentir le cul un peu sale d'un mâle
à-travers ses vêtements, c'en est une autre de le sentir à
quelques millimètres de son trou.  Finalement, un peu tristement
cependant, je lui indiquai la salle de bain et lui donnai des serviettes.
« Pourquoi tu ne viens pas t'assoir dans la salle de bain et me tenir
compagnie durant mon bain, dit-il.  Je vais prendre une douche rapide et me
couler ensuite dans la baignoire.  Il y a si longtemps que je n'ai pas fait
cela.» Que ce beau Noir avait de bonnes idées!

Je l'ai laissé prendre sa douche seul.  Quand j'ai entendu le flip flop
de l'eau dans la baignoire, vêtu seulement de mon slip blanc, je suis
allé le retrouver dans la salle de bain.  J'eus un choc esthétique.
Ce super Noir presque bleu, mince et masculin, à l'allure abyssinienne,
était debout dans la baignoire super bandé pointant vers moi un
machin d'ébène de presque 9 cm, aux reflets mauves, large comme un
poignet, décalotté car il était en train de repousser son
prépuce, la langue sortie comme à son étalage quand il souriait de
mes précisons sexuelles sur l'usage des draps.  J'ai bandé
immédiatement et férocement.  Il me fit un compliment sur la rapidité
de mon redressement pénien.  Puis il s'allongea dans la baignoire, les
jambes relevées, ce qui me permettait de voir son cul étant donné
que je me retrouvais assis presque en face de lui.  Il attrapa son pénis
dans sa main et me dit tout bas, comme à l'oreille : «Joue cochon en
enlevant ton sous-vêtement! ».

Je me suis caressé lentement. Puis, j'ai dégagé ma queue de mon
slip sans le retirer.  Je l'ai fait sortir sur le côté.  J'ai ensuite
attrapé la hampe de mon pénis de la main et j'ai entrepris une solide
masturbation, d'autant plus cochonne que j'avais été invité à
le faire et stimulé par la présence de ce bel Apollon noir bandé
dans ma baignoire.  Je vis lentement se dresser et sortir de l'eau une
longue tige d'ébène, si luisante qu'on aurait dit de l'obsidienne ou
du corail noir.  Un superbe gland rose dominait ce minaret de chair et sa
main qui remontait et descendait la tige, naturellement glissante,
conférait à cet illustre totem un érotisme rare qui me menait
presque à la jouissance.  Il s'en aperçut et me dit en riant : «
Hé, l'ami, ne viens pas trop vite!  La soirée commence.» Puis,
après une seconde ou deux, il ajouta : « Tu comprends pourquoi
maintenant les gens du métro avaient l'air hors d'haleine en me
regardant me branler appuyé à ma fenêtre». Et il éclata de
rire avec sa voix basse et profonde qui emplissait la salle de bain d'une
sonorité elle-même bandante.

Il sortit un bras de la baignoire, attrapa son slip, sans doute un peu
crade, et le porta à sa figure.  Il sentait son sexe et son cul dans son
slip.  Il se lovait devant moi, ce qu'il avait dit être son challenge.
Me voyant un peu surpris qu'il ne profitât pas tout de suite de ce que
j'avais à lui offrir, il tourna le regard dans ma direction, sourit
malicieusement et ajouta : « You know, Man, I love my body and
everything it gives to me to play with : my precum, my sperm, my sweat and
even my piss.  And sometimes, I don't even give up to a little brown mark.
But, be patient, I also like you very much and I will take care of you too.
(Tu sais, mon pote, j'adore mon corps et tout ce qu'il me donne pour
m'amuser comme mon liquide pré-éjaculatoire, mon sperme, ma sueur et
même ma pisse.  Et parfois, je ne rejette pas une petite trace brune.
Mais, sois patient, je t'aime aussi beaucoup et je vais bientôt
m'occuper de toi.)» Et il poursuivit le `sniffage' de son slip sale,
tout en se branlant avec passion.  Le spectacle était toutefois
extrêmement excitant.  Ma queue dégoulinait de liquide et je me
demandais si je pourrais tenir encore longtemps.

Au bout d'un moment, il laissa tomber son slip et prit le mien sur le
plancher.  Il recommença à sniffer.  Il émettait des : « Mmmm!
Mmmm! C'est bon!  Ta poche et ton cul sentent merveilleusement bon!  Je te
vole ton slip avant de partir.» Cette annonce de cambriolage de mon
intimité vestimentaire était un vrai compliment.

Quand il eut satisfait ses besoins olfactifs, il continua de se branler
tout en me regardant et en se contemplant.  Tout en appréciant ce qu'il
voyait quand il regardait dans ma direction, c'est quand il s'examinait
lui-même que son regard s'allumait le plus.  C'était vraiment
Narcisse au bord de l'eau.

Enfin, il me demanda si j'avais du lubrifiant.  Il était juste à
côté de lui dans la petite armoire qui jouxtait la baignoire.  Il se
leva de la baignoire très lentement, s'assécha tout en me commandant
de poursuivre ma branlette, puis déposa une bonne quantité de
lubrifiant dans sa main et, contre toute attente, il se graissa le cul et
poussa sur le liquide gras le plus loin possible dans son trou avant de
venir s'assoir sur ma queue et sur moi forcément.  Il enfonça ma
queue au fond de son cul et me commanda de ne pas bouger.  «C'est moi
qui me fourre moi-même sur ta queue» me dit-il.  Il entreprit les
mouvements de se relever et de s'assoir de nouveau sur moi à son rythme.
Il sortait ma queue de son trou très lentement, mais plus lentement
encore, il redescendait et la rentrait dans son cul faisant claquer, à
chaque fois, ses fesses sur mes cuisses.  Il me prenait aussi par le cou
avec ses bras minces mais musclés, bien découpés, et portait ses
magnifiques lèvres sur les miennes déposant ainsi sa langue sur la
mienne comme il déposait ses fesses sur mes cuisses.  Par les deux bouts
nous étions réunis, mais il contrôlait tout : les mouvements, le
rythme, la durée des baisers, les patins avec la langue, les caresses
dans ma chevelure.  Il passait souvent sa main sur sa tête et la mienne
puis sentait ses doigts, respirant ainsi les odeurs mêlées de nos
cheveux, les siens crépus, les miens assez longs et fous.

Avoir ainsi un `Mandingue' sur les genoux dont vous enfoncez le cul à
chaque mouvement et dont la langue vous laboure la gueule, c'est plus qu'il
en faut pour jouir.  Quand il s'aperçut que j'étais au bord, il tira
mes cheveux vers l'arrière avec une poigne de fer.  Ma tête alla
presque buter contre le mur derrière le réservoir de la chasse d'eau.
Il me cracha à la figure et me gifla solidement, pas très fort pour
que je perde l'équilibre, mais assez fort pour différer une
éjaculation et il dit : « Sorry, baby, but you will not come before
me.  I had to do something to stop you. (Je te demande pardon, baby, mais
tu ne dois pas jouir avant moi.  Je devais faire quelque chose pour t'en
empêcher).»

Et il poursuivit ses montées et ses descentes avec de profondes
respirations tout en serrant de plus en plus fort mes cheveux.  Il avait
dans ses mains deux énormes poignées de mes cheveux, comme retenus
dans d'horribles griffes, prêtes à les arracher au moindre faux
mouvement.  J'avais peur et je regrettais presque de l'avoir invité
mais, en même temps, il m'excitait énormément.  J'avais
l'impression de faire l'amour avec Éros lui-même dont l'ultime moment
de jouissance était Thanatos, la Mort.  Je m'efforçais de ne pas
penser à cela.

Enfin, après un bon dix minutes de mouvements, sans m'avertir qu'il
était au bord, mais je le sentais par sa respiration, il se souleva un
peu vers l'avant, enfonça sa langue jusqu'au fond de ma gorge, tira
encore plus fortement sur mes cheveux et j'ai senti ruisseler des
coulées de sperme sur ma poitrine.  Il desserra son étreinte de mes
cheveux, recula un peu, se dégagea de ma queue qui n'était pas belle
à voir car, s'il avait pris un bain, il n'avait pas lavé
l'intérieur de son cul.  Il ria en voyant ma queue toute sale et me dit
: « Je ne la lècherai pas parce qu'elle est trop dégueulasse comme
ça, mais je vais te branler avec ma graisse de nègre.  Tu vas voir
comme c'est bon pour la masturbation.» Il attrapa ma queue `merdique'
avec sa main droite et me branla avec passion, détermination, plaisir et
reconnaissance aussi.  Je suis venu assez vite, ne serait-ce que pour
sortir au plus vite de cette pièce dont l'air était devenu
irrespirable.  Mais je dois avouer que ma jouissance fut très intense.
Jamais je n'avais joué si cochon avec quelqu'un, surtout quelqu'un qui
ne tenait compte de ma présence que dans la mesure où elle comblait
la sienne propre.  Mais c'était tout de même super.  Il m'avait
averti qu'il était amoureux de lui-même.  Je ne pouvais pas le
blâmer de sa franchise.

Quand je fus lavé et qu'il se fut bien nettoyé également, on
revint s'assoir au salon.  Il me demanda une bière et ajouta : « Tu
sais, petit frère, ça m'a bien plu de jouer avec toi.  Tu avais l'air
de prendre ton pied à me regarder m'aimer, non?» Je fis un signe
affirmatif en baissant la tête.  « Alors je te propose de venir me
voir jouer chez moi, dans le Bronx, après demain, car j'ai congé.  Je
n'ai encore jamais fait cela pour personne.  Chaque fois que j'avais envie
de quelqu'un, j'allais chez les autres.  Chez moi, c'est juste pour moi et
pour les passagers du métro, ajouta-t-il en riant très fort.  Mais tu
me plais bien, petit frère.  Avec toi, j'ai envie d'une expérience
cochonne spéciale, une sorte de branlette à deux, chez moi; ce qui
m'est tout à fait nouveau.  Faut aussi que je te dise que ça pue dans
ma piaule.  J'y fais rarement le ménage et j'ai des vêtements sales
qui traînent partout.  Mais tu vas voir, je vais bien m'amuser avec moi.
Comme tu es voyeur et moi exhib, tu auras sûrement du plaisir à me
regarder jouer. » L'invitation était charmante, sincère,
certainement le fruit d'une véritable affection et d'une sincère
reconnaissance, mais s'avérait pour le moins infiniment exceptionnelle.
Forcément alors, je ne pouvais pas ne pas y aller.  Il était trop
beau et c'était trop bon.

«Mais de maintenant jusqu' après demain, je piaule ici, me dit-il.
Je suis trop bien avec toi.  Pour une fois que je peux avoir une douche, un
lit chaud et de la vraie bouffe.  Mais pour la branle, c'est dans mon
univers que je suis le mieux.» On a dormi dans les bras l'un de l'autre,
comme si la tendresse lui manquait autant que l'eau chaude et les steaks
avec pommes frites.

 Deux jours plus tard, on passa la matinée au lit, congé oblige, on
déjeuna puis on décida d'aller faire des courses.  Je lui ai acheté
quelques fringues qui lui plaisaient West 8th Street et à West Broadway
quelques gadgets pratiques pour un logement sans commodités.  Il m'amena
Christopher Street voir les cabines à cloisons mobiles.  On s'amusa à
choisir deux cabines contigües et à baisser la cloison.  Il mit du
temps à activer son bouton vert.  Je me demandais même s'il n'allait
pas me fausser compagnie.  Cependant, quand la cloison se baissa enfin, il
était tout nu et super bandé.  Il avait pris position face à la
vitre plastique, appuyait son long dos sur la cloison opposée toujours
redressée et il se branlait en ne me portant aucune attention dans
l'autre cabine.  J'avais eu la bêtise de croire à une simple
démonstration touristique et j'étais resté tout habillé
attendant simplement de rire après vérification du mécanisme.
Lui, il avait retrouvé une habitude, un passetemps, une fantaisie.  Je
me trouvais bien rigide bien que je me crusse ouvert d'esprit et
sexuellement branché.  J'avais beaucoup à apprendre de lui.  Il mit
un pied sur le tabouret de la cabine et entreprit de jouer avec ses
couilles, de les caresser, et d'en respirer l'arôme sur ses doigts.
J'ai commencé à vouloir le suivre, à déboutonner ma braguette,
à me caresser, mais il ne me portait aucune attention.  Finalement,
alors que j'avais la queue sortie et bandée, il remonta la cloison d'un
coup, me faisant un large sourire et m'indiquant de l'index que c'était
le temps de sortir.  Il avait terminé les caresses qu'il souhaitait se
donner et surtout m'avait montré qu'il s'en donnait.

On reprit notre promenade.  On s'arrêta pour souper sur Greenwich Avenue
et on marcha ensuite jusqu'à la station de métro Sheridan Square pour
prendre la ligne #2 vers le Bronx.  On descendit à la fameuse station
Freeman Street.  Il me semblait que les passagers qui descendaient au
même arrêt le regardaient étrangement comme s'ils eussent reconnu
tout à coup le désormais célèbre branleur de Freeman Street.
Mais j'hallucinais; ses histoires m'avaient fait tourner la tête.

La façade de l'édifice avait besoin de sérieuses réparations.
La brique tenait par miracle et le soutien de la grâce divine n'allait
pas durer longtemps ni lui permettre de résister aux assauts des saisons
ni aux vibrations du métro pas plus qu'aux innombrables et étranges
«péchés» qu'on devait commettre par milliers derrière ces
murs.  Dès le portique, une terrible odeur de friture et de moisi vous
saisissait à la gorge.  J'avais envie de rebrousser chemin.  On était
si bien chez moi.  Qu'est-ce qui m'avait pris de venir ici. On retrouverait
mon cadavre dans quelques jours ignorant complètement ce que j'étais
venu y faire.  Affaire de drogues, sans doute, lirait-on dans les journaux!
Brrrrr! J'avais froid dans le dos et le froid était réel car les
couloirs n'étaient pas chauffés.

Il habitait Third Floor (deuxième étage en français).  Le
numéro 32 dont la barre horizontale du 2 s'était décroché, ce
qui faisait presque 37.  Si le vestibule et l'escalier sentaient mauvais,
laissant transpiré au milieu des nuées vaporeuses de moisi et de
friture, des courants fétides de chiottes jamais lavées, la chambre
de Ford (c'était le nom de mon beau Noir; sa mère l'avait nommé
ainsi parce qu'il était né le jour où son père avait acheté
une vieille Ford pour presque rien) rompait avec ces odeurs dégoutantes
pour en livrer d'autres, toutes aussi puissantes, mais combien plus
excitantes parce qu'elles charriaient plutôt des effluves de sperme
séché, de chaussettes sales et puantes, de t-shirts souillés de
transpiration de Noir, de slips et de boxers souillés d'urine et de
traces de merde, ayant sans doute servis en plus de «cum rag» ( tissu
pour recueillir la semence après une branlette).  Cependant, je dois
dire, tel qu'il me l'avait annoncé ou prédit, que dans ce décor
olfactif, il trônait divinement bien.  Pour pasticher le poème de
Baudelaire, on pourrait dire de toutes ces odeurs :

«Tout cela descendait, montait comme une vague,

«Ou s'élançait en pétillant;

«On eût dit que la pièce enflée d'un souffle vague,

«Vivait en se multipliant»

Et lui, tel un prince des ténèbres, il régnait dans cet univers.
Aux odeurs s'ajoutait la pénombre jaunie des lampadaires de New York qui
inondait la chambre d'une demi- obscurité blafarde.  La structure
d'acier du métro faisait des ombres étranges et croisées sur les
murs.  On se serait cru dans une prison de Piranèse.  On n'aurait pas
été surpris, en ouvrant l'unique placard, de voir tomber le cadavre
d'un supplicié.  Un lit défait, couvert de draps usés, adossé
au mur du fond, avait l'air du divan abandonné d'un sultan ayant fui ses
assassins, surpris par l'annonce d'un coup d'État, mais on eût dit
qu'il y avait déjà presque mille ans de cela.

 Sur une table traînaient toutes sortes d'objets disparates,
inclassables, servant tout autant à boire et à manger comme une
cafetière et une boîte à pain, qu'à écrire, comme des stylos
et du papier, ou à forniquer comme des godes, des tubes de lubrifiants,
des condoms, des cordelettes, des bouteilles de poppers, pleines et vides,
du papier hygiénique, de la pâte dentifrice et un petit bocal
contenant une étrange substance liquide, blanchâtre et sombre qu'il
me montra en riant comme le vase dans lequel il receuillait parfois ses
décharges de sperme pour les laisser vieillir et imaginer, en les
regardant à l'occasion, avec une certaine tristesse réelle, tous les
beaux enfants qu'il aurait pu faire si, au lieu de mettre son foutre dans
le bocal, il l'avait enfoui dans un vagin.

Après la minute nécessaire à la visite des lieux, il cessa
complètement de s'occuper de moi.  L'odeur de son intimité, pour ne
pas dire de ses intimités, la luminosité blafarde où
s'élaboraient ses fantasmes, le tapage des rames qui déchiraient
l'atmosphère de la pièce, les soubresauts de l'édifice qui
sautillait au passage des trains, la lumière des rames qui était
projetée sur les murs comme découpée par un stroboscope, les
miasmes des chiottes qui se glissaient sous la porte du 32 qui avait l'air
d'un 37, tout cela le renvoyait à lui-même et éveillait ses
désirs de cul.  Je m'assieds sur l'unique chaise qu'il y avait près
de la petite table.

 Il se déplaçait dans cet espace comme un chat cherchant une issue et
qui, n'en trouvant pas, décide de se lécher les pattes.  Il s'appuya
quelques minutes au chambranle de la fenêtre, là sans doute où il
se plaçait pour se branler devant les passagers de la rame de métro
temporairement immobilisée.  Il revint vers la table, chercha quelque
chose qui semblait ne pas être là, ramassa tout de même un gode,
des lacets et une petite bouteille de poppers et se dirigea vers le tiroir
de la table de chevet.  Il en sortit une paire de verres fumés assez
spéciaux et un bandeau.

Les verres fumés avaient ceci de particulier que la surface visible de
l'extérieur était recouverte d'une sorte de miroir. On ne pouvait pas
voir ses yeux du tout.  C'est l'interlocuteur qui s'y mirait seulement.
Ces verres le protégeaient donc complètement.  À-travers eux, il
pouvait me voir parfaitement bien mais je ne pouvais pas savoir s'il me
regardait.  Il fermait son regard à toute indiscrétion.  On pouvait
donc scruter son corps en détails, mais son âme restait inaccessible.
Comme le fleuve Nil, on voyait ses mouvements, tantôt tranquilles,
tantôt tumultueux, ses cataractes, ses accalmies, ses débordements,
ses crus et ses recrus et je serais témoins tout à l'heure de son
jaillissement dans le delta au moment de se perdre dans la mer (son
orgasme) mais jamais je ne verrais sa source.  Celle-ci se formait dans la
forêt africaine où vivaient des bêtes dangereuses qui en
protégeaient tout naturellement l'accès.

Son âme était restée quelque part en Guinée ou en Tanzanie, ou
au Niger, là où vivaient jadis ses ancêtres avant la grande
migration de l'esclavagisme.  J'avais donc bien deviné quand j'avais cru
que des dieux puissants actionnaient les forces de sa sexualité.

Il se dirigea ensuite vers son lit.  Il se déshabilla complètement nu
jetant ses vêtements pèle mêle sur le lit avant de s'y étendre
en appuyant son dos contre la tête du lit.  Il était donc à demi
couché.  Il entoura son front du bandeau rouge vif qu'il avait
déniché dans le tiroir et ajusta ses curieuses lunettes.  Je lui ai
demandé alors s'il voulait que je me déshabille aussi.  Il ne
répondit pas et ne me porta aucune attention.  Je n'existais plus
maintenant sinon comme voyeur anonyme tel un passager du métro devant sa
fenêtre.  Il entrait dans son monde et me faisait l'immense privilège
de pouvoir y jeter un coup d'œil indiscret.  Je ne devais pas en
demander davantage.  Je me suis tu et je me suis juré de me taire
jusqu'au bout, encore fallait-il savoir où et quand on atteindrait ce
bout et même s'il y en aurait un.

Il amorça enfin sa grande performance.  Il caressa chacune des parties
de son corps et il n'en oublia aucune. Il passa d'abord ses doigts sur ses
lèvres et parcourut ensuite son visage enfonçant le bout d'un doigt
dans chaque crevasse et sur chaque môle.  Il passa sa main dans son cou,
sur son torse, sur ses cuisses et caressa aussi ses bras.  Il se tourna sur
le ventre et caressa ses épaules et ses fesses auxquelles il accorda
beaucoup de temps.  Puis, il se mit à quatre pattes sur le lit, le cul
dans ma direction, écarta une fesse d'une main et de l'autre, avec le
bout des doigts, il descendit et remonta la craque de son cul en le
chatouillant afin de l'exciter comme une sorte de préparation pour une
grande demande qu'il aurait eu à lui faire.

Il revint sur le dos, toujours appuyé contre la tête du lit.  Il
caressa son ventre avec douceur comme s'il authentifiait la qualité
d'une soie. Il couvrit ensuite ses tétins de salive et commença à
les pincer; d'abord doucement puis avec vigueur et force.  Il serrait les
lèvres sous la douleur.  Il joua quelques instants avec son nombril,
bleu comme un bouton de violette.  Puis il gratta les poils crépus de
son pubis avec les ongles des deux mains.

Pendant ce temps, sa queue avait pris des proportions énormes.  Je
l'avais vu grandir lentement au fur et à mesure que se déroulaient
ses caresses.  Il avait sûrement porté une grande attention à la
faire se lever très lentement.  Je ne savais d'ailleurs pas comment il
pouvait exercer un tel contrôle.  J'étais bandé depuis longtemps
et le seul contrôle que j'arrivais à exercer portait sur mon
éjaculation...et encore, pour combien de temps?

Quelques rames de métro étaient passées sans qu'il y ait porté
la moindre attention, du moins en apparence car je ne voyais pas ses yeux.
On entendit tout à coup le bruit d'une rame qui ralentissait.  Il se
leva d'un bond et courut à la fenêtre allumant sur son passage la
grosse ampoule nue du plafond qui jeta subitement dans la pièce un
éclairage de grande surface mais jaune et blafard.  Il leva son bras
gauche à la hauteur de son front et l'appuya sur le côté de la
fenêtre à laquelle il faisait face.  La rame ralentit encore.  Il
empoigna sa grosse queue dans sa main droite et se masturba, tout à fait
en contrôle tandis que le train s'immobilisait.  Non seulement les
passagers le voyaient-ils pleinement, mais ils me voyaient aussi, assis
contre la petite table, les sous-vêtements sur les chevilles, la queue
dans la main, la tête tournée vers lui et, par conséquent vers
eux, me branlant à l'unisson avec mon copain de l'Afrique lointaine.  On
se serait cru, le côté sexuel très explicite en plus, devant un
vrai tableau d'Edward Hopper qui aurait pu s'intituler : «What were you
doing in the Bronx yesterday night, Mister Alex?  (Que faisiez-vous dans le
Bronx, hier soir, Monsieur Alex?)» Je voyais clairement la figure
surprise d'abord de quelques passagers puis, à mesure que la vérité
s'imposait, elle se contractait, se choquait, se mobilisait ensuite, soit
pour le combat devant une telle indécence, soit pour la contemplation
devant une telle merveille.  Ford demeurait impavide.  Il poursuivait sa
branlette en dévisageant chacun, surtout ceux qui lui plaisaient.

Quand le train se remit en route, il resta à son poste comme un chef de
gare.  Il ne se tourna vers moi que lorsque le bruit se fut éloigné.
Il éteignit l'affreuse lumière et alla reprendre sa place sur le lit.
Il crut bon cependant de me dire un mot, sur le chemin de son lit, pour
préciser ses intentions. «D'habitude, je jouis après le départ
du train, mais ce soir c'est un hors d'œuvre, pas le plat principal.»

Il profita de ce dérangement pour aller prendre une sorte de gode
électrique dans le placard.  Il déposa sur le lit une bonne quantité
de linge sale; chaussettes puantes, slips et boxers souillés, t-shirts
jaunis sous les bras et se lova dans le nid qu'il forma avec tous ses
fétiches.  Il se roula dans tous ces vêtements, la face enfoncée
dans ses dessous de corps dont l'odeur indiquait le besoin d'une urgente
lessive.  Il roulait de tous côtés comme s'il s'était agi d'une
femme.  Il se faisait l'amour comme un chat qui ronronne en reconnaissant
l'odeur d'une vieille pantoufle.  Il était gris de satisfaction.  Tout
disparaissait de la laideur qui l'entourait : chambre sordide, bruit
intolérable du métro, puanteur du quartier et de l'édifice,
absence de lieux d'hygiène, tout lui devenait indifférent quand il
s'adonnait à jouir de son merveilleux corps.  Il avait un trésor que
personne ne pouvait lui dérober et c'était lui-même.  Je ne savais
pas quand il s'était aperçu qu'il possédait une telle richesse
mais je voyais qu'il avait bien appris à explorer sa mine d'or.

 Tout de lui était l'occasion de susciter l'érotisme. Tout ce qu'il
touchait devenait presque fétiche.  Il se tourna sur le dos, releva les
jambes, enfonça le curieux gode muni d'un fil électrique dans son cul
et actionna une manette.  Le bruit du gode-vibrateur, mais aussi les
torsions incroyables provoquées par son plaisir, étaient la preuve
qu'il s'amusait intensément.

Il retira le gode, le porta sous son nez, prit de grandes respirations, le
lécha et recommença la manœuvre d'exploration minière à
plusieurs reprises.  Il criait et suait de plus en plus.  Je tremblais de
partout sachant fort bien que ce spectacle allait bientôt me faire
passer la frontière du non-retour.  Soudain, il se mit à genoux sur
le lit, face à moi, repoussa le torse légèrement vers
l'arrière.  Puis, dans un cri presque primal, son jus gicla à
quelques mètres devant lui de huit jets successifs.  Inutile de dire que
mon propre jet vint rejoindre le sien sans délai.

Il reprit son souffle, se leva et vint ramasser avec ses doigts les
coulées de foutre qui gisaient sur le plancher.  Il en bouffa quelques
unes et vint en déposer d'autres dans le fameux bocal sur la table.
Passant près de moi, il me dit : « J'ai peut-être bouffé un peu
du tien; il me semble que certaines gouttes étaient moins sucrées que
d'habitude.» Et il éclata d'un rire profond et ténébreux, mais
combien franc et sincère.  J'ai ri avec lui.  «Maintenant, dit-il en
retirant ses verres miroir, tu peux regarder mes yeux!  Ford n'a plus
besoin de protéger son univers.»

 J'avais donc bien compris et bien interprété ce qu'il avait fait.
Je lui fis part que j'avais justement voulu respecté tout cela et que
j'étais ultra reconnaissant qu'il m'ait permis de visiter son univers.
«Tu vois, petit frère Blanc, c'est parce que je savais que tu
comprendrais que je t'ai invité.  Personne d'autre n'est jamais venu
ici.  C'est mon antre secret, là où tous mes rêves passés et
futurs se rassemblent pour me faire traverser, comme ce soir, la
barrière qui me sépare des autres.  Quand j'ai joui comme ce soir, je
redeviens une personne normale et j'ai envie de communiquer.  Quand je sens
que tout le monde me pèse, c'est qu'il est temps de retrouver ma source
profonde.» Il insista sur l'expression source profonde.  J'ai tout de
suite repensé au Nil.  Puis, tout sourire, avec la langue un peu sortie
comme j'aimais tant, il m'annonça : «Mais on ne va pas moisir ici!
On finirait par puer comme les murs.  C'est bien mieux chez toi.»

On reprit le métro à Freeman Street Station.  J'avais une peur bleue
d'être reconnu, même si j'étais maintenant habillé.  Il s'en
aperçut et ria très fort, faisant se retourner vers nous, comble de
l'horreur pour moi, les passagers attendant sur le quai.  On reprit la
ligne #2 jusqu'à Clark Street Station à Brooklyn, chez moi, que
dis-je, chez nous.

À suivre...Big Apple 20 Prochain et dernier épisode : Les lèvres
d'Akhenaton

ALEXANDRE

S.V.P. : Un commentaire serait apprécié si vous souhaitez d'autres
nouvelles. Merci!