Date: Tue, 18 Mar 2014 12:40:16 +0000 (GMT)
From: Adelard Dore <adelardore@yahoo.fr>
Subject: Souvenirs de Baie des Pins 10

Souvenirs de Baie des Pins   10

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Derniers regards, derniers soupirs

Le samedi matin suivant, il faisait un temps de chien.  Il pleuvait des
cordes.  J'étais anxieux de savoir si les Goyette iraient faire leur
shopping hebdomadaire.  À 13 heures, je vis leur voiture emprunter
l'entrée mitoyenne.  Mais il m'a fallu attendre encore un bon quart
d'heure avant que Roger n'apparaisse dans la chambre.  Finalement, il
s'approcha de la fenêtre pour vérifier ma présence de l'autre
côté du passage comme les acteurs débutants repoussent
légèrement l'arlequin pour vérifier si la salle est comble et si
le public a l'air sympathique.

Alors que je m'attendais à son signe impérial et à un sourire, il
m'indiqua de venir le rejoindre à l'intérieur en passant par
l'arrière pour ne pas être vu des voisins.  Le cœur me
débattait.  Lorsqu'il ouvrit la porte, je fus saisi davantage par sa
très grande beauté.  Je l'avais toujours vu sur les transats ou
derrière la fenêtre.  Le voir de si proche, c'était encore plus
saisissant.  Il était plus grand que je ne l'avais cru et sa peau glabre
semblait avoir la texture de la soie.  Ses yeux marrons, terriblement
séduisants, avaient quelque chose de très sexés surtout parce
qu'il souffrait d'un léger strabisme.  On avait l'impression qu'il vous
regardait partout en même temps et vous déshabillait du regard.  Ses
pieds larges et longs avaient une forme parfaite.  La courbure des orteils
traçait une belle ligne.  Il était parfaitement musclé, non pas
gonflé par l'usage excessif des altères, mais découpé par
l'effort d'un travail physique exigeant et soutenu.  Il était
peut-être parasite chez les Goyette, mais il avait dû trimer très
fort auparavant.

Il me fit entrer et me conduisit dans sa chambre.  Il m'indiqua une chaise
berçante qu'il avait sans doute déplacée pour qu'elle soit tout à
fait face au lit.  Il était silencieux et un peu mal à l'aise.  C'est
une chose de se donner en spectacle derrière une fenêtre ou sur une
scène; c'en est une autre que de donner ce spectacle dans sa chambre
avec un seul spectateur assis à deux mètres de soi.  Il se donna une
contenance en disant : « Je ne suis pas homo, tu sais.  Mais ça
m'excite d'être vu surtout par des gars quand je sais que ça les
branche.  J'adorais me montrer dans la fenêtre et te voir dans la
tienne, mais le temps est si mauvais que j'ai pensé que le spectacle
devait avoir lieu à l'intérieur » ajouta-t-il en souriant
timidement.  Et tout de suite, sans me laisser le temps de répondre, il
s'assied sur le bord du lit, exactement face à moi, et plaça ses
mains sur son sexe à-travers son maillot orange et entreprit de se
caresser.  Je voyais beaucoup mieux.  C'était comme voir un film au
cinéma plutôt qu'à la télé.  Je voyais la forme de son
pénis emplir son maillot puis le déborder et le gland jaillir de la
bordure de la taille.

Il avait une queue très foncée et il était circoncis.  Elle devait
bien faire 18 cm.  C'était magnifique!  Quand elle fut presque
totalement sortie du maillot, il enleva ce dernier, écarta bien les
jambes et me laissa contempler son chef-d'œuvre dans toute sa gloire.

J'en bavais!  Il me fit signe que mon short allait bientôt déchirer
si je ne faisais pas quelque chose.  Je me sentais incapable de faire un
strip-tease comme le sien.  J'étais trop gêné et je n'avais pas
non plus assez confiance en moi, en ma propre capacité de plaire.  J'ai
donc enlevé simplement mon short. J'ai écarté les jambes et je lui
ai offert une vue aussi généreuse que celle qu'il me donnait.  «
Wow! c'est le `fun' de voir une belle pine bandée qui se dresse devant
la tienne » dit-il pour emplir le vide.  Il commença ensuite à se
masturber en ajoutant : « On va prendre notre temps pour se crosser.
Les Vieux ont beaucoup de courses à faire aujourd'hui; ils en ont au
moins pour deux heures.  Alors je vais te donner le show de ta vie ».
J'ai pensé m'évanouir en entendant ces paroles.  Je ne savais pas si
je pourrais tenir longtemps avec un tel morceau sous les yeux.

Et il prenait son temps en effet en changeant souvent de façon de faire.
Il se branlait avec la main gauche, puis la droite, puis les deux mains.
Il le faisait à rebours avec le pouce et l'index formant un rond posé
au bas du pénis et remontant comme à l'envers.  Tantôt c'était
avec la paume de la main ouverte avec quatre doigts tenant le côté de
la hampe et le pouce allongé sur l'autre côté.  Il crachait sur sa
queue pour y mettre de la salive et la rendre très luisante.  Il
m'indiqua comment elle était belle sa belle queue brune foncée quand
elle était toute luisante.  Elle avait des reflets bleus, disait-il.

Il caressait aussi sa poche et ses couilles.  Il la tirait vers le bas en
attrapant ses couilles dans la paume et en serrant bien fort.  Elles
devenaient toutes grosses et rondes derrière son poing.  Il mit ensuite
ses pieds sur le bord du lit pour avoir accès d'abord au périnée
et plus tard à son cul.  Il écarta davantage les jambes pour rendre
son «show» encore plus panoramique et provocant.  Tout en se
masturbant d'une main, de l'autre il glissait la pointe d'un doigt le long
de la ligne un peu rouge et mauve qui va de l'arrière du scrotum à
l'anus et qui est si sensible.  Il faisait ce geste en me regardant
attentivement me masturber et en tâchant de juger de la qualité de sa
performance, à partir de son effet sur mon excitation.

Il se caressa enfin le cul en mouillant ses doigts à plusieurs reprises.
J'étais envieux de connaître aussi l'odeur et la saveur de son cul
qu'il devait nécessairement goûter sur ses doigts à chaque fois
qu'il les mouillait.  Il introduisit un doigt dans son cul et entreprit un
mouvement de va-et-vient comme s'il se faisait pénétrer...étrange
délice pour qui se définit comme hétéro?  Au milieu de son
plaisir, voyant que je salivais devant le «show», il sortit son
doigt, s'avança directement sur moi et le plaqua contre mes narines en
riant presque grossièrement.  Malgré l'humiliation que son geste
brutal contenait, j'ai failli juter tellement l'odeur était prenante,
forte et super-mâle.



 Un vestiaire entier de joueurs de basket dont le plancher est jonché de
leurs sous-vêtements ne peut pas sentir aussi fort que son unique doigt
ayant traversé les bords de son cul.  Mais, vu sa très grande beauté
et son extraordinaire virilité, cette puissante fragrance était
malgré tout très excitante.  Il n'eut pas été une «bête
de sexe», cette odeur aurait peut-être été repoussante. Avec le
temps, j'ai appris que la beauté annule presque toutes les
références négatives du corps. Même la crasse mêlée de
sueurs se métamorphose en un baume tonifiant si elle recouvre un beau
corps. Au contraire, les plus fins parfums se corrompent sur des corps
laids ou sans grâce particulière.  Puis, il retourna sur le bord du
lit et s'occupa de nouveau de son plaisir.

Tout à coup, il se laissa tomber sur le lit.  Mais il se plaça de
côté (il me montrait donc son profil) et lança ses jambes
derrière sa tête. À ma grande surprise, il approcha lentement son
pénis de sa bouche.  Il a réussi d'abord à se lécher le gland
en le parcourant avec sa langue.  Mais, peu à peu, son dos s'est
assoupli et il a réussi à engouffrer davantage de son pénis dans
sa bouche.  C'était ultra excitant!  Il se masturbait tout en se
suçant et j'entendais le bruit de succion de sa bouche sur sa queue.  Je
n'en pouvais plus et lui non plus d'ailleurs.  Il émit un grand «
Ahhhhhhhhh » et je vis un flot de sperme sortir brutalement de son
méat et venir atterrir sur sa figure et dans sa bouche.  Il tourna la
tête vers moi au moment même où, à mon tour, les valves
lâchaient prise et je jutais partout sur moi et autour de moi.

On resta quelques minutes à se regarder et à reprendre lentement
notre souffle.  Puis il se leva subitement et me dit qu'il vaudrait mieux
que je parte parce qu'il devait tout nettoyer et tout remettre en place
avant que ses beaux-parents et sa fiancée ne reviennent.  J'ai tenté
de l'approcher pour l'embrasser ou le serrer dans mes bras en guise de
remerciement, mais il a reculé et il a ouvert grand la porte pour
faciliter la sortie.

Heureusement, il ajouta encore une fois : « On reprend ça samedi
prochain si les parents vont encore faire du shopping? » Je lui ai dit
que je ne manquerais pas ça pour tout l'or du monde.  J'exagérais un
peu, mais cela parut lui plaire et satisfaire son «ego» de vedette
porno improvisée mais exceptionnellement talentueuse.

Le samedi suivant, il faisait très beau.  Je me demandais s'il n'allait
pas revenir au simple théâtre de la fenêtre.  Mais non!  Quand ses
beaux-parents et sa Sylvie eurent pris le chemin du centre commercial, il
vint carrément à la fenêtre et me cria : « Amène-toi par
ici, j'ai des `choses' à te montrer! ».  Quand je suis arrivé à
la porte, au lieu de son éternel maillot orange, il portait un
`jockstrap' blanc qui laissait paraître quelques petites taches jaunes
dans le tissu tressé qui contenait ses «bijoux».  Comme il me
précédait dans la chambre, j'ai été en mesure d'apprécier
l'exceptionnelle beauté de ses fesses.  Quel cul! Un Apollon callipyge!
Je les avais déjà vues évidemment, mais le jock permettait de bien
les découper, de les relever comme si elles eussent été dans un
pantalon ou un jeans transparent.  Elles étaient aussi désirables
qu'enfermées dans un jeans mais elles se contemplaient encore mieux sans
écran.  Elles étaient plutôt oblongues, assez larges, avec un
creux concave sur les côtés qui les faisait jaillir vers l'arrière
et, en plus, elles étaient haut perchées c'est-à-dire
accrochées haut sur les reins et bondissaient vers l'arrière presque
à l'horizontal.  Vraiment, un cul divin, en admettant que les dieux
puissent avoir un cul, ce qui est peu probable. Sauf dans les histoires de
la mythologie païenne!

Jamais je n'avais vu un pareil cul!  De quoi gagner un concours!  Elle
était chanceuse la Sylvie d'avoir le droit d'y plonger ses doigts munis
de ses grands ongles peints qui me paraissaient une injure sur un
chef-d'œuvre comme une tache d'huile sur une tapisserie précieuse.

Comme la semaine précédente, on a repris les mêmes jeux de
voyeur-exhibitionniste : manipulations de queue, de poche, de couilles, de
trou de cul, tout ça avec les jambes bien écartées.  Je
m'attendais qu'il me fasse sentir son cul sur ses doigts comme la semaine
précédente, mais il offrit quelque chose de mieux à quoi je ne
m'attendais pas.

Les jambes en l'air presque par dessus la tête, me montrant
ostensiblement son trou de cul, il me dit tout à coup : « Si tu
penses que ça va te plaire, tu peux toujours venir le lécher mon cul.
J'ai pensé à ça cette semaine et je me suis dit que ce serait
cochon de voir un homo me lécher le cul ».  Bien sûr, même si
la demande était un peu humiliante et absolument pas `politiquement
correcte', j'ai quitté ma chaise berçante de bon cœur pour me
précipiter sur le cadeau qu'il m'offrait.  J'avais senti et lécher
son maillot orange pendant qu'il se masturbait, mais les vraies saveurs
«d'orange» étaient plutôt sur son trou jaune-brun entouré
d'une ligne mauve.  Aussi étais-je en mesure de constater que la
moustiquaire ne m'avait pas trompé; les couleurs perçues depuis la
fenêtre étaient les vraies couleurs.

Je serais resté là toute ma vie, je crois.  Aucun des mâles que
j'avais connu jusqu'à présent, même s'ils avaient nourri mes
fantasmes, n'était objectivement aussi parfait que ce Roger.  C'était
un mâle de revue porno qui ferait l'unanimité et réveillerait le
désir de chacun en même temps que l'envie.  Ce que son cul goûtait
était aussi sublime que sa beauté.  Même sa saleté arrivait à
être sensuelle. Je m'aperçus de cela non pas sur son cul qui était
propre et correctement lavé, bien qu'il dégageait une odeur solide,
musquée et haute en teneur de testostérone, mais en regardant ses
ongles pas propres du tout.

Il eut l'air de très apprécier ce que je lui faisais car il ajouta
après de longues minutes de léchage : « Continue de me le
lécher pendant que je me suce.  Je veux jouir dans ma bouche avec ta
langue dans mon cul. » Hé!hé!  Pas mal pour un pur hétéro!
J'étais comblé.  J'étais sûr que la semaine suivante, on irait
plus loin...

Il avait, depuis quelques minutes, enlevé son suspensoir après de
longs moments à s'en servir pour m'exciter davantage.  Il avait glissé
sa bite sous les lanières, ce qui bloquait un peu la circulation du sang
et augmentait le volume de sa queue.  Cela la rendait aussi plus lisse et
plus luisante.  Il s'amusait de ma «super» excitation.  Voyant ma
bouche ouverte, entendant mon souffle court par la tension sexuelle qui
montait, il souriait de contentement et de fierté. Cela inspirait aussi
ses gestes.  Les miens aussi sans doute.  Quand je l'ai vu se sucer
ardemment pendant que je lui léchais le cul, je savais qu'il ne
tiendrait pas longtemps.  Sa poche était très serrée et les
couilles remontaient vers le ventre en se durcissant.  On se regardait
fixement droit dans les yeux quand ses joues devinrent tout à coup
rouges et ses paupières épaisses.  Il ouvrit largement la bouche.
Presque une bonne dizaine de jets de foutre épais et filandreux s'y
engouffrèrent.  Il fit claquer sa langue sur son palais pour bien se
goûter et ne rien perdre de sa liqueur.

Mais voyant que j'étais aussi au bord de jouir, il cria : « Attend!
Pas tout de suite!  Retiens-toi! ».

Il se releva, me prit par la main et m'entraîna dans la salle de bain.
Il me fit coucher dans le fond de la baignoire, se plaça debout devant
moi et me dit : « J'ai toujours rêvé de voir un pédé se
crosser et jouir pendant que je lui pissais dessus.  Je t'ai fait plaisir,
c'est à ton tour maintenant de me faire plaisir ».  Bien
qu'humilié, j'ai ouvert la bouche et j'ai repris, sans me faire prier
davantage, ma branlette interrompue deux minutes plus tôt.

Un flot de pisse âcre mais pas du tout acide ou répugnante vint
éclabousser ma figure d'abord, puis envahit ma bouche et ma gorge d'une
chaleur bienfaisante et presque tendre.

Il était ravi de mon obéissance.  Quand il eut terminé de pisser
et qu'il eut secoué sa bite sur mes cheveux, il fut comme submergé
par une poussée de compassion et de «miséricorde».  Il se
pencha vers moi affectueusement, amoureusement même, et vint poser un
tendre baiser sur ma bouche.  En se relevant, il m'avoua : « Tu sais, je
me demande si je ne commence pas à t'apprécier plus que ma Sylvie! »
Son sourire était radieux et sincère.  « Toi, au moins, tu ne me
juges pas et tu joues avec moi de bon cœur.  La semaine prochaine, si
les Vieux vont encore faire du shopping, on fera ça dans leur chambre.
Il y a un grand miroir derrière la porte.  Je veux t'enculer et je veux
qu'on voit ça ensemble.  Je veux que tu vois ma queue entrer et sortir
de ton cul, ma belle Alexandrine! », dit-il en riant.  La
féminisation de mon nom me blessa.  Il s'en aperçut et s'excusa en me
donnant un autre baiser en ajoutant : « Tu sais, ce sont mes
premières avec un gars...faut me donner un peu de temps ».  Il
était déjà tout pardonné et je rêvais du week-end prochain.

Mais il n'y eut pas de week-end prochain. Il n'y en eut jamais d'autres.
Après le retour des «Vieux», comme il disait, j'entendis des voix
qui discutaient fort et des cris.  La mère de Sylvie avait fermé
toutes les fenêtres pour que les voisins n'entendissent pas. Mais je
comprenais que ça bardait dans la maison.  Deux heures plus tard, je vis
la vieille voiture de Roger démarrer en faisant crier les pneus.
J'avais le cœur brisé.

Je n'ai pas dormi de la nuit.  Le lendemain, voyant la Sylvie étendue
seule sur son transat, je fis semblant d'arranger les plates-bandes. Tout
en lui souriant, je me suis approché d'elle « innocemment » et je
lui ai dit : « Votre ami n'est pas avec vous aujourd'hui? » Elle a
blêmi, m'a regardé fixement et, les lèvres pincées, elle a
marmonné : « Non!  D'ailleurs vous ne le verrez plus ici.  Je me suis
trompé sur son compte.  Il était bien beau, mais c'était un
profiteur! »

J'ai ajouté quelques phrases par politesse. Mais je me sentais incapable
bien sûr de lui demander où je pourrais le rejoindre puisque
j'étais sensé ne pas le connaître et ne lui avoir jamais parlé.
Je suis rentré dans la maison. J'ai retrouvé mon lit simple d'ado où
j'avais tant rêvé de sexe et d'amour et dans lequel j'avais noyé
aussi tant de chagrins.  Encore une fois, j'ai laissé mon cœur noyer
sa peine dans une mer de larmes.

De retour à Montréal le lendemain, j'ai téléphoné à mon
père pour lui dire que je n'avais plus l'intention de retourner à
Baie des Pins.  Il parut soulagé par mon appel.  Depuis longtemps, il
souhaitait vendre.  Mais il n'osait pas, pour ne pas me faire de la peine.
Il savait combien cette maison d'été m'était chère.  Il se
sentait donc libéré de ce fardeau qui financièrement pesait de
plus en plus lourd et qui ne semblait plus être utile à personne.  On
gardait un peu cette maison par nostalgie. Il me remercia de ma
compréhension et je l'ai remercié de sa patience.  Trois mois plus
tard, la maison était vendue.

Aujourd'hui, il ne reste plus rien de tout ce qu'a été Baie des Pins.
Quand il me prend la fantaisie d'y retourner, j'ai du mal à
reconnaître le lieu même où était notre chalet.  Il a été
démoli et on a construit à sa place, mais plus vers le centre du
terrain, un autre exemplaire de ces horribles pavillons de banlieue.  Je ne
pourrais même plus retrouver l'emplacement du chalet si ce n'était de
la maison des Goyette qui, étrangement, est restée à sa place.
Mais elle est complètement abandonnée, défoncée, sans doute
squattée et à demi en ruine.  Elle est, de toutes façons,
actuellement inhabitable.  Je ne sais pas non plus qui en est devenu le
propriétaire.

Voir ainsi cette demeure qui jadis était très originale, avec une
sorte de tour en bois où était la chambre des parents de Sylvie, dans
un état de complète décrépitude, soulève dans ma mémoire
d'infinies tristesses.  Il est curieux en effet que le seul bâtiment
encore existant de ma jeunesse à Baie des Pins soit précisément
celui-là même où fut interrompue abruptement ce qui s'avérait
devoir devenir une belle et excitante relation.

Tout ce que j'avais vécu dans notre maison d'été, ou à cause
d'elle, et qui avait trouvé une fin explicable, dans la joie ou dans la
tristesse, tels mes «amours» pour Michel (enrôlé dans
l'armée), Jean-Marie (marié), André ( parti travailler dans le
Grand Nord), Robert (marié) et François (dans l'armée), tout cela
avait complètement disparu du paysage de Baie des Pins. Maisons, petits
sentiers, petits boisés, terrains de badminton...tout avait disparu.

Seule, la maison où tout avait été laissé en suspend un samedi
soir d'août, avait résisté au temps et aux démolisseurs comme
si une force mystérieuse ne permettait pas que disparaisse
complètement ce qui devait rester inachevé.  On croirait que le
fantôme de Roger est revenu habiter cette maison. Et, chaque samedi
midi, une oreille avertie comme la mienne pourrait toujours entendre tirer
des rideaux et des fenêtres s'ouvrir, pour permettre une ultime fois, à
l'ombre qu'elle abrite, de pouvoir se montrer.

Mais, s'il ne me reste plus que des souvenirs de Baie des Pins, dont j'ai
tenté de vous faire partager quelques uns, Michel, Jean-Marie, André,
Robert, François et finalement Roger auront été les piliers de mes
amours et de mes désirs.  Sans le don généreux de leur personne,
corps et cœur, sans l'audace de la révélation de leurs désirs
profonds et secrets, je n'aurais pas pu me construire une si belle
mémoire.

Peut-être aussi n'aurais-je pas connu tous les autres, ceux des autres
nouvelles tels: Stéphane de Niagara Falls, ou Steve de Joyeux vendredis,
ou Jean de Soleil et pluie, ou les autres de Roma-Termini ou de La Havane
et combien d'autres encore dont je ne vous ai pas parlé.

C'est à Baie des Pins que la psyché de ma libido s'est construite.
C'est là que mes désirs et mes fantasmes se sont précisés.
S'il ne reste plus rien des lieux, et peut-être même des personnes
qui m'ont aidé à les parcourir, ces lieux et ces personnes sont
toujours présents dans ma mémoire et ne demandent qu'à revivre.
Chaque fois que tombe la pluie, que brille ardemment le soleil, que le vent
transporte l'odeur d'une pinède, que je vois un homme en maillot bleu
marine ou orange, que je feuillette une revue de voitures, maintenant
anciennes, où brille une MG, quand je vois passer un train ou, le samedi
midi, quand je vois les voitures stationnées au parking d'un centre
commercial que fréquentent peut-être encore Sylvie et ses parents,
pendant que je rêve toujours et encore à tout ce que j'aurais pu
faire avec le beau Roger, pendant que les êtres que j'ai désirés
et aimés vaquent à d'infinies occupations auxquelles je ne prendrai
plus jamais part, je reste seul, les soirs d'été, dans mon petit
jardin chinois, à respirer d'insaisissables et mystérieuses odeurs de
gazon fraîchement coupé.

FIN

Alexandre

Note : Cette nouvelle a été écrite avec mon cœur autant qu'avec
ma tête.  Elle est la conclusion de plusieurs autres nouvelles dont
certaines ont déjà été publiées sur Nifty telles Les
Mystères du Nil, Bangkok Blues et Bons baisers d'Alabama.  Mais il y en
a d'autres que j'ai envie de vous faire partager si vous avez envie de les
lire.  J'attends donc vos commentaires avant d'en publier d'autres...