Date: Mon, 2 Jan 2017 01:38:35 +0100
From: amadour at hotmail.fr
Subject: Oumar du jour, Oumar de la nuit. Entretiens nocturnes.

Author : Paul Marek
amadour123 at hotmail.fr

Title :  Oumar du jour, Oumar de la nuit.
      Entretiens nocturnes


Il y a de quoi devenir fou ; 29° dans la chambre à coucher à une
heure du matin. Le gros ventilateur mouline au plafond mais il ne fait que
brasser l'air chaud et ne sert qu'à tenir les moustiques en dehors de la
zone de turbulence qui couvre le lit. L'acidité de ma sueur me brûle
la nuque et le cuir chevelu. C'est beau, le Sahel, surtout pour les experts
expatriés que l'administration gratifie d'une villa climatisée, mais
j'avais renoncé à ce luxe insolent, par avarice ou par solidarité
avec les opprimés car la note d'électricité d'un seul mois
dépasserait facilement ce que pouvait gagner le boy cuisinier en un
an. A force d'appeler le sommeil, il s'éloigne définitivement. Radio
Alger me lasse et finit par m'exaspérer. Je ne fais que bouger, tout nu
sur mon lit car je ne supporterais même pas le satin lisse du drap. La
chaleur torride et moite, renforcée par les effluves envoûtants du
thiouraï, l'encens sénégalais, m'excite et mon sexe appelle
impétueusement une énergique poignée de mains, le seul
somnifère qui agisse encore. D'un saut je me lève, je m'habille et
sors la voiture du garage.

***

Au Bamboula, mon point de chute habituel, l'ambiance est un peu calme ce
lundi. Il faut venir le vendredi et le samedi quand les jeunes travailleurs
sont lâchés, parmi eux quelques volontaires français ou
américains, des Libanais musclés et surtout les filles, les filles,
les filles. "Tu me paies une '33' mon chéri ?"Mais chéri ne veut pas
ce soir, je me retire au coin du bar où je peux causer à bâtons
rompus avec le gros Dimitrios qui partage son attention entre la foule qui
braille, les serveurs et les mains de la caissière. Il surveille bien
son équipe. Je prends un Schweppes, et deux autres à la suite, mais
la pétillante boisson glacée n'arrive pas à me calmer. Je suis
inquiet, impatient, attiré ailleurs.

C'est le quartier des bars et des cafés, l'air vibre de musiques
congolaises ou américaines, il est chargé de la fumée épicée
des brochettes, des beignets et épis de maïs que des femmes ou des
jeunes garçons font griller sur des braseRos, assis à même le
trottoir. Au bout d'une centaine de mètres, la Rue Chalut qui part vers
l'arrière du ministère de l'intérieur, est moins éclairée et
parsemée de quelques gros nids de poule, si bien que les voitures
doivent rouler au pas. De jeunes dames, souriantes et bien mises, attendent
sur les deux trottoirs. La circulation est très dense sur ce
tronçon. Cette nuit, il ne reste qu'une seule dame qui me lance, sans
grande conviction et sans succès, le "pssst pssst" convenu. On sait,
sans qu'on en parle jamais, que les dames quittent le "chantier" vers les
deux heures, et cèdent la place aux garçons dont le nombre est plus
réduit et don on devine moins facilement les bonnes dispositions. Ils
attendent ou déambulent dans la rue perpendiculaire à la Rue Chalut,
dans celle qui va du Commissariat Central à l'Avenue de la gare.

Un seul garçon s'y tenait cette nuit, adossé au mur qui entoure les
jardins du ministère. C'était un adolescent un peu chétif et sa
tenue - chemisette grise, culotte et flip-flaps, révélaient sa
condition modeste. Le visage était sans expression, il regardait vers le
lointain et ne semblait pas faire attention à mon passage. Je continuai
pour faire un tour au centre. J'avais reconnu le garçon, dans
l'après-midi il revendait des boites de Corned Beef du Programme
Alimentaire Mondial ("Don du peuple des États-unis "), empilées sur
un carton retourné à même le sol, près du parking de notre
bureau au Centre. J'avais acheté à plusieurs reprises de sa modeste
marchandise, et échangé quelques mots avec lui ; il était
courtois, souriant et indifférent. Je voyais en lui un type quelconque,
sympathique sans plus, et sûrement loin de toute atteinte
lubrique. Oumar qu'il m'avait dit était son nom.

Il était toujours au même endroit, et cette fois il m'avait
repéré. Je passais sans m'arrêter, en espérant qu'il avait
capté mon regard intense. Arrivé au coin de la rue, avant de tourner
dans l'avenue de la Gare, je donnai deux violents coups de frein, et je
m'arrêtai cinquante mètres plus loin contre le front arrière d'un
gros bus. J'ouvris le capot de la voiture pour régler mon phare
gauche. Trois minutes plus tard, je le vis qui venait dans ma direction, il
avait compris l'appel de mes feux arrière.

"Vous êtes en panne, Monsieur ?"demanda-t-il d'une voix calme.

"Non, je dois régler mon phare, il éblouit les voitures en face."

"Je vois, donc je ne peux pas vous aider."

"Non merci, ça y est déjà. Mais qu'est ce que tu fais dans ce
quartier à cette heure-ci ?"

"Je me promène seulement. Il fait trop chaud sous la tôle dans ma
chambre. Et vous ?"

"Pareil, bien que j'aie un ventilateur. Mais puisque tu te promènes et
moi je me promène, nous pourrions nous promener ensemble ?"

"D'accord, tout comme vous voulez."

Nous continuions à tourner dans la ville. Les gens ne font pas attention
à une voiture qui roule ou à un homme qui vaque à une occupation -
rien d'intéressant.

"Alors, il paraît qu'on se connaît ?"

"Oui, vous êtes mon client. Vous me laissez toujours la monnaie quand
vous achetez une boite avec moi."

"Je suis ton client quand ?"

Il eut un petit rire : "Mais le soir parfois, quand vous quittez le
bureau."

"Et maintenant ?"

"Maintenant aussi, si vous voulez."

"Mais où est ta marchandise !"

Un autre petit rire : "A la maison évidemment."

"Alors tu fais boutique de toi-même ?"

"Ne dites pas cela. Je ne savais pas que vous êtes dedans, mais je sais
ce qu'ils veulent, les hommes qui passent là-bas, et je le leur
vends. C'est tout simple. Et c'est tout."

"Et qu'est-ce que tu sais faire ?"

"Tout ce que vous voulez. Enfin, pas tout tout, mais je vous fais
confiance."

Arrivés à la villa, je m'arrêtai sur la terrasse et je lui remis
son salaire de pute. Je connaissais le tarif que les résidents devaient
à cette catégorie de garçons du quartier en short et en flip-flaps
; c'était le double de ce qu'ils pouvaient tirer d'un congénère
mais bien moins, de loin, des sommes qu'un jeune homme bien mis qui
fréquentait le bar, le réceptionniste et la piscine du Sheraton
Palace, pouvait tirer d'un touriste anglo-saxon. Mon obole représentait
néanmoins ce qu'il pouvait gagner en une semaine avec son petit commerce
sur le carton retourné.

Au salon, nous causions un peu de petits riens pour nous rapprocher. Il
était comme dans la journée, gentil, et pas farouche, mais
visiblement indifférent. Quand il eut fini sa bière, je lui di ;
"Alors, on va au travail ?"

Il eut encore un petit rire mais j'espérais qu'il avait compris que
c'était dit sans malice et sans ironie. Dans la chambre, il faisait un
peu moins chaud maintenant vers les 4 heures, et j'ouvris les fenêtres
car je savais qu'il n'allait pas hurler d'extase. Il se déshabilla
prestement, déposa sa modeste garderobe sur la chaise et me tendit une
des capotes qu'il avait vues dans le tiroir ouvert de la table de
chevet. Puis il se mit aussitôt en position pour attendre son reste. A
la faible lueur qui entrait par la porte de la salle de bain que j'avais
laissée entrouverte, je contemplais avec ravissement la fine silhouette
et ma forte musculature de son dos avec le creux le long de son échine
qui se terminait par le galbe fin des deux fesses plutôt minces. Je ne
me lassais pas d'admirer cette belle peau luisante de reflets bleuâtres,
mais un mouvement impatient de ses hanches me fit comprendre qu'il
attendait son dû. Je ne me fis pas prier, et je plongeai avec une
facilité surprenante dans cette mâle chair généreusement
ouverte pour m'y épancher dans un tourbillon de volupté.

Quand j'eus fini, il se retourna et me dit : "Merci, tu connais bien
faire. Tu m'as fait la manière gentille. "Nous étions couchés face
à face, nous nous regardions dans les yeux et nos mains passaient sur le
corps de l'autre, des attouchements fermes d'homme sur le corps de l'homme,
des caresses attentives comme on caresse le flanc d'un cheval ou un vieux
meuble lustré. Mais je sentais aussi son excitation entre mes
cuisses. La lourdeur de son sexe contrastait un peu avec la minceur de son
corps.

"Tu peu redoubler si su veux."

"Merci. Après ..."

"après quoi ?"

"Ne pose pas de questions, fais seulement."

Il ne se fit pas prier, se servit dans le tiroir et me gratifia d'une
vigoureuse et mâle pénétration, mais au même rythme que le
mien, lent, concentré et en silence. Ses mains par contre erraient
fébrilement sur tout mon corps, s'attardaient sur mes tétons, dans
mes oreilles, et sous mes aisselles, dans mes cheveux. je croyais sentir
son orgasme, j'étais heureux pour moi et heureux pour lui.

"Merci patron "dit-il et s'affala à côté. J'avais le bras sous sa
nuque, la main sur sa poitrine pour sentir le battement de son cœur.

"Alors, tu as l'habitude ?"

Il se mit à parler d'une voix étouffée, un peu hésitante comme
s'il cherchait les mots.

"Tu sais, les clients ne me donnent jamais cette chance, cela ne leur vient
même pas à l'esprit ... Je pense qu'ils ne font pas une grande
différence entre une femme et un garçon, l'idée que c'est un
garçon les excite peut-être, et puis un garçon ne fait pas
d'histoires après et ne demande pas qu'on invente une histoire d'amour
... Parfois ils font des problèmes pour la capote, mais je ne veux pas
attraper la chaude-pisse quand ils viennent des filles. Alors je leur mets
du baby oil dans la capote et puis je les travaille à la main et ils
couinent et se jettent tout de suite sur moi ... Je ne sais pas ce qu'ils
pensent de moi, pourquoi je fais ça, mais ils n'en parlent pas et
personne ne m'insulte."

 "Mais dis-moi, pourquoi tu te fais enculer ?"

"Toi, tu poses de ces questions. ... Enfin, c'est facile, quoi . "

"Mais alors, si c'est si facile, pourquoi les autres, tes clients ne se
laissent pas faire ?"

"Je ne sais pas, je ne suis pas dans leur tête. Je crois seulement que
chacun a son monde à lui, ses lois à lui, ses valeurs comme on dit
peut-être. Mes valeurs à moi, c'est ma maman, elle est ce qu'il y a
de plus sacré au monde, et dieu. Et les amis, mais le reste est sans
importance. Mais pour répondre à ta question, pour savoir que c'est
facile de faire plaisir à quelqu'un avec ça, il faut l'avoir fait une
première fois. Eux, ils ne l'ont jamais fait une première fois."

"Et comment as-tu découvert que c'était facile !"

"Tu es curieux. Je n'en ai jamais parlé à personne. Mais c'est la
descente, j'ai fini mon travail. Je t'en parlerai une autre fois,
peut-être ... Euh, je peux prendre une douche ?"

Je le ramenai en ville. Arrivés derrière la Grande Mosquée, il fit
: "Arrêtez, Je descends. j'habite à deux carrefours d'ici. Merci
patron !" Il s'en alla de son pas nonchalant et disparut dans la nuit.

***

Ali

Je me suis mis au Corned Beef, je ne pouvais éviter le petit commerce
d'Oumar devant notre parking. Rien ne paraissait dans son attitude, il
était comme toujours gentil et indifférent. Quand je refusais la
monnaie d'un geste, il eut toujours ce gros sourire et ne manqua jamais de
dire : "Merci, patron !" !"

Le vendredi, je lui demandai : "Mon gardien de nuit prend son jour de
congé le lundi. As-tu envie de ... venir travailler ? Neuf heures, ça
te va ? Il fait nuit dès 7 heures "

"D'accord, mais 10 heures, ça vous va aussi ? Je vous attendrai à
l'endroit où vous m'avez laissé la dernière fois."

dans la nuit du lundi, je le retrouvai en effet dans la rue des orfèvres
derrière la Grande Mosquée, déserte la nuit. Arrivés à la
maison, notre rituel s'était déjà établi : je lui remis son
salaire avant l'entrée au lieu de travail, il eut sa bière bien
glacée au salon et nous commencions une petite causette sur les rien du
temps, de la ville et de son petit négoce. Il s'en accommodait gentiment
et sans effusions. Mais ma curiosité ne s'était pas estompée
durant la semaine :

"Dis-moi, la dernière fois je t'ai demandé pourquoi tu faisais ce
métier, et tu m'as dit que c'était facile. Comment as-tu découvert
cela ?"

"Vraiment, vous êtes bien curieux. Personne ne m'a jamais demandé
cela. Mais bon bref. Je ne connaissais rien, alors un jour je l'ai fait
pour la première fois, d'abord j'étais surpris, puis j'ai constaté
que je pouvais faire plaisir à mon cousin, et que cela ne me gênait
pas. Et ensuite, c'est l'habitude. C'est tout."

"Tu parles de ton cousin ? Raconte !"

"Ah, vous aussi ! Mais, bon bref, vous connaissez Kona, à 140
kilomètres d'ici. C'est là. C'est là que j'ai grandi avant de
venir en ville ici où j'habite chez ma grande sœur. Bon bref, la vie
des jeunes dans la petite ville, l'école, la radio, et le
football. Enfin, c'est le football du village, nous n'avons pas de
chaussures et pas le ballon réglementaire, nous ne sommes pas 11 contre
11 comme il faut, à la place des tricots avec les numéros nous jouons
les "nus"contre les "chemises". Le plus fort de notre bande était mon
cousin Ali, au centre, moi on me mettait à la défense où je
dérangeais le moins. Ali avait un an de moins que moi, au moment dont je
vous parle il avait 15 ans, mais il était plus costaud et plus adulte
que moi. Enfin, ce n'était pas un vrai cousin, nos grands-pères
étaient plutôt beaux-frères, mais plus que cela, nous étions
amis, des intimes comme on dit au village. Je l'admirais beaucoup et je le
suivais partout, lui était gentil avec moi. Enfin, nous étions une
clique de cinq ou six. Le vendredi soir et souvent en semaine, nous
faisions le thé chez Ali : tu sais comment font les pauvres : l'un
achète pour 50 francs de thé, un autre pour 50 francs de sucre et le
troisième du charbon, du charbon de bois comme disent les Blancs. Et un
autre apporte de la menthe fraîche du jardin. Et on passe ainsi la
veillée jusqu'à l'aube, avec des causeries et des histoires. Ne me
demande pas de quoi, les jeunes ont toujours beaucoup à se dire quand
ils sont entre eux.

Parfois, en saison sèche, je suivais Ali à la rivière,
l'après-midi quand tout le monde faisait la sieste. Nous jouions dans
l'eau, nous luttions pour rire, enfin, tu sais que le bonheur des
garçons est de s'amuser dans l'eau. Et puis, il y a eu cet
après-midi. Nous nous étions longuement ébattus dans l'eau, et
nous nous reposions sur nos boubous posés par terre, à l'ombre d'un
Neem. Et puis, Ali dit :

'Dis, Oumar, il y a longtemps que cela me tracasse, j'ai longtemps attendu,
mais il faut que je t'en parle un jour. Tu vois... tu vois... j'ai
envie...'

Il descendit sa culotte, et je vis son sexe qui se dressait droit devant
lui, long, dur. Je voyais bien le sexe d'Ali quand nous nous baignions,
mais cela ne signifiait rien. J'avais senti aussi que mon sexe à moi
était tout gros et dur au réveil. Mais dans cet état, je ne
l'aurais montré à personne. La honte.

'Explique !'

'Enfin, j'ai envie et comme j'ai confiance en toi, je serais content si tu
pouvais m'aider...' Il ne me regardait pas, il murmurait seulement.

Je compris. Je savais ce qu'il voulait. j'avais entendu raconter que les
vieux commerçants polygames appelaient parfois un jeune garçon chez
eux et jouaient avec lui pour une poignée de bonbons. J'avais
compris. Ali, mon cousin, mon copain, mon intime, me demandait un service
qu'il ne pouvait demander à personne d'autre. Je n'ai rien dit, je me
suis couché sur mon boubou et j'ai descendu ma culotte. Et Ali s'est
couché sur moi et il m'a fait."

"Et quel effet ça t'a fait ?"

"Bof, j'étais content"

"Allez, cela ne veut rien dire. Qu'est-ce que tu as ressenti, qu'est-ce que
tu as pensé, est-ce que tu avais mal ?"

"Voyez-vous, c'est très difficile à dire, surtout en français
parce que cela ne se passe pas en français mais dans notre langue. Et
là, il n'y a pas de mots pour ces choses et sur les qualités. On n'a
pas de mot pour ce que la radio appelle l'omosessalité ; si, il y a
gor-diguèn, homme-femme qui porte des pagnes et qui satisfait les
hommes, même avec la bouche, mais cela ne nous concerne pas, entre
camarades et même au trottoir, on fait seulement. Maintenant pour la
douleur : j'avais pensé que cela ferait très mal mais que je
supporterais pour faire plaisir à Ali. Mais j'ai été surpris :
c'était très facile. Ali avait craché dans sa main, qu'il a
passé entre mes fesses, il a encore craché une fois et il a
mouillé son sexe, et puis il est entré très lentement. Oui,
j'étais surtout surpris par le fait que c'est tellement facile,
tellement simple, à condition qu'on ne parle pas. Cela ne faisait pas
mal, ce n'était pas comme la boxe mais plutôt comme la danse. Pas la
vraie danse où l'on danse face à face avec une fille ou un copain
sans se toucher, mais plutôt à la manière des Européens. Une
cousine m'a fait danser une fois un tango cubain, elle s'est serrée
contre moi, j'avais mon genou entre ses jambes, et c'est moi qui devait la
conduire. Mais je préfère notre manière de danser, c'est la joie
seulement. A quoi j'ai pensé ? J'ai pensé au sexe d'Ali qui me,
comment dire, remplissait, qui était fort et chaud et bon, je pensais
à ali, je sentais son poids, sa sueur, son haleine douce comme le
jasmin. Je sentais son amitié. Et bien sûr, cela m'excitait, cela me
donnait chaud à l'intérieur et mon sexe aussi était
excité. Mais j'y pense seulement, c'était comme hier. Tu es le
premier qui m'en a fait parler."

" "Et comment cela a continué ?" "

"Eh ben, quand Ali avait joui sur moi, nous sommes retournés dans le
marigot pour nager et pour nous éclabousser. Puis nous sommes
rentrés. "

"Et toi, tu n'as pas joui ?"

"Non, je savais que c'était facile pour moi mais que je ne pouvais pas
demander la même chose à ali."

" Mais tu ne fais jamais " ? "

" Bof, parfois je fais avec du savon mouillé, et parfois la voisine
m'appelle, elle n'est pas compliquée, le samedi quand ses enfants sont
partis au village chez les grands-parents."

"Raconte

"Ah non, c'est ma vie privée ! "

" Comment, tu me racontes comment tu te fais enculer, et tu ne veux pas
parler d'une chose bien plus normale ?"

" C'est pas la même chose. Nous avons fait, je t'ai enculé comme vous
dites, je n'aime pas le mot, nous parlons donc de choses que nous avons en
commun. Mais ce n'est pas toute ma vie. Et vous ne me parlez pas de toute
votre vie, non " ? "

" Tu as raison. Pardonne-moi si je suis allé trop loin."

" Ce n'est pas grave, je dis seulement."

" Merci ! Mais revenons. Est-ce que tu as continué avec Ali ? "

"Oui, j'ai fait encore avec ali. Et avec les copains, bien même. Mais
maintenant c'est assez, je suis excité, je vois que vous êtes
excité, et je dois aller au travail, sinon je vais me plaindre au
syndicat des trottoirs que le patron me fait bavarder seulement au lieu de
me donner du travail."

Il eut satisfaction, séance tenante. Je faisait durer mon plaisir pour
lui rappeler le poids du corps et le sexe d'ali peut-être, et quand
j'eus fini ce fut son tour et Je me mis à sa place et ali à la place
d'Oumar, mon gentil fouteur qui me baisait comme son cousin et ami avait
dû le baiser cette première et toutes les autres fois s'il y en a eu.

*

Les copains

Les semaines et les mois s'écoulaient. De temps en temps je me procurais
des Corned beef à la sortie du bureau et je pris rendez-vous. Ce
n'était pas une passion fougueuse ou dévorante, ni de ma part ni de
celle d'Oumar qui était toujours disponible mais sans empressement. Je
le trouvais la nuit à l'endroit indiqué, je le payais à
l'arrivée dans l'ombre de la terrasse, on causait, on faisait, et je le
ramenais après le travail. C'était devenu une douce habitude, mais si
mes désirs furent généreusement assouvis, ma curiosité, mon
désir de comprendre en demandait toujours plus.

Je ne connaissais pas le milieu gay d'Europe, je n'aurais d'ailleurs jamais
pensé d'en faire partie. Je m'étais seulement laissé emporter par
les élans de l'amitié, des amitiés sans gêne ; en d'autres
occasions, je traînais, guetteur tendu à craquer mais indécis, en
de vaines attentes dans les parcs nocturnes et les grandes gares de Prague,
de Budapest ou de Lisbonne pour ne revenir à la raison qu'à l'orée
du jour. Devenu sédentaire pour quelque Temps dans ce coin du continent,
j'avais commencé à nouer des relations éphémères, rarement
suivies. Je pense qu'aucun de ces compagnons d'une nuit fût homosexuel ;
il faisait seulement fi dans un moment d'égarement de sa répulsions
innées pour céder à une naturelle lubricité, et qu'ils
refoulait ensuite l'extase dans les limbes du non-dit. Difficile voire
impossible d'en parler. C'était donc une aubaine que la relative
prolixité de ce garçon qui parlait, apparemment sans états
d'âme, de choses dont on ne peut normalement pas parler, dont on ne
garde qu'un souvenir diffus fait d'une ambiance, d'odeurs, de saveurs, de
sensations dans la poitrine et au bas-ventre, qu'on n'exprime à la
rigueur que par un regard ou un sourire de connivence. Il est vrai qu'un
garçon qui avait surmonté la répulsion naturelle à livrer son
corps aux assauts lubriques avait accepté aussi cette autre forme de
prostitution.

Je le retrouvais donc cette autre nuit et nous partîmes à la
villa. Il avait quelque peu changé, ayant troqué les flip-flaps
contre des baskets d'une grande marque, Made in China, et la culotte de
gamin contre des jeans. Désormais, il ressemblait à un jeune
quelconque, et je pouvais me faire voir avec lui sans attirer les regards
sur l'étrange couple que formait un adulte européen en compagnie d'un
gamin en culotte courte.

Il n'avait jamais négocié ses services, sachant que le toubab payait
normalement le double ou un multiple de ce " Smig du trottoir "
déboursé par ses congénères qui venaient l'amener sur leur
mobylette. Oumar avait certainement compris qu'en sus d'un bon service, sa
disponibilité communicative se trouvait bien
récompensée. Évidemment, il ne cherchait pas l'effet, il ne
tombait pas dans le délire érotique, il restait toujours sur le plan
du factuel, mais n'est-ce pas que la relation des circonstances insolites,
des surprises, des gestes, que la réalité est plus excitante que les
élucubrations pornographiques ? Savait-il que le sexe se joue dans le
cerveau ?

Arrivé donc à la villa, après avoir réglé au préalable
l'honoraire qu'il empocha sans un mot mais avec un bon sourire, après
avoir décapsulé la bière glacée d'Oumar, je repris,
impitoyable, insatiable :

"Dis donc, l'autre soir tu m'as dit que tu as fait avec ali et avec les
copains, je pense avec les gars de votre clique, vrai ?"

"Ah la la, lalala, Pourquoi voulez-vous savoir tout cela ? Vous êtes une
sorte de journaliste, vous voulez écrire un livre sur moi ? Cela n'a
aucun intérêt."

"Tu sais que je suis dedans, et je voudrais comprendre comment cela vient
et quel effet cela fait. Parfois je pense que je suis le seul, et je ne
sais pas comment cela se passe dans le vécu des autres, dans la tête
des autres."

"ah, je ne peux pas vous décrire les sentiments comme dans un roman ou
dans un film hindou. On fait seulement, cela fait du bien, mais on ne
réfléchit pas."

"Non, je ne cherche pas un roman. Je voudrais seulement savoir comment cela
se passe, comment on rentre peu à peu dans l'affaire, et comment on s'y
tient. Ce sont les faits, les circonstances et les paroles qui
m'intéressent, pas les interprétations à postériori."

"C'est quoi ça, les interprétation à postérieur ?"

"Laisse tomber, raconte seulement."

"Ah la la, la la. c'est une longue histoire. Enfin, j'avais donc fait avec
Ali et nous avons fait d'autres fois, de temps en temps, au bord du
marigot. Tu sais, cela a duré deux ou trois ans, et on n'a pas fait tous
les jours. On a fait quand cela lui a pris, et il me demandait gentiment si
on pouvait s'amuser un peu dans l'après-midi.

Un matin, un dimanche matin, Ali est passé chez moi et il m'a demandé
gentiment, si on pouvait se voir à deux heures pour aller à la
rivière. Je lui ai dit que je devais être chez le brodeur à
quatorze heures pour prendre le corsage que la grande sœur avait
commandé et qu'elle devait porter le soir à la réunion de la
tontine mais que je viendrais le rejoindre là-bas.

Chez le brodeur, le corsage était déjà prêt quand je suis
arrivé, et je n'allais pas tarder à arriver à la rivière. Mais
imagine ma surprise, quand j'ai tourné le coin de ce grand champs de
maïs et que j'ai vu la berge : De loin, je reconnaissais ali, et avec
lui,, quatre autres garçons, les copains de notre clique. Je
reconnaissais Dembé et Johnny qui jouaient dans l'eau, il y avait Drabo
et Sali. Et ali. Et Et ils portaient tous leur culotte, deux avaient
même de vrais maillots de bain comme les Blancs, alors qu'avec Ali on
nageait toujours tout nus. Il y avait de l'ambiance là-bas, mais
j'étais fâché et je suis rentré à la maison. C'était une
affaire entre mon cousin, entre mon ami et moi, et maintenant il fait venir
tout le village, pourquoi ?"

"Tu parles d'un Johnny ? c'est un européen ?"

"Non, c'est un gars de chez nous. Il est fou d'un chanteur français dont
il collectionne les cassettes, Il a pris son nom, comme d'autres garçons
s'appellent Pelé ou Rumenigge. Mais je continue.

Le soir, quand je suis aller chercher du pain à la boutique, j'ai
croisé Dembé . Il m'a dit d'une voix chantante 'Alors, Oummou, on t'a
attendue en vain. Tu as eu peur des jolis garçons, tu as fui ?'

J'étais furieux, Oumou est le nom de ma grande sœur, donc un nom de
femme. Je lui ai seulement dit que toute la clique devait se retrouver
cette nuit chez ali, pour le thé, et j'ai dit ça sur le ton de la
colère.

Quand je suis arrivé chez Ali, vers les dix heures, ils étaient là
tous, ils avaient déjà commencé à préparer le thé. Moi,
je n'avais rien apporté cette fois. Ils ne parlaient pas, ils ne me
regardaient pas, il y avait un silence embarrassé. Ali est allé me
chercher un tabouret au salon de ses parents et il a commencé : 'Oumar,
je sais ce qui s'est passé. Dembé m'a dit que tu étais en
colère. Écoute, on se connaît depuis toujours, alors si on a mal
agi, pardonne nous. Toi aussi tu as déjà fait du n'importe quoi, tu
as déjà dit de mauvaises paroles, on t'a donné un coup de poing et
c'était fini. Alors, ça va aller ?'

Je leur ai expliqué : 'D'abord, il y a la mauvaise surprise. Qu'est-ce
que tu leur as raconté ? tu aurais pu m'en parler, me demander, et pas
venir avec tout le régiment. Si je fais des choses avec toi, c'est par
amitié, mais si les autres veulent faire, ils n'ont qu'à me demander,
seuls. Enfin, c'est fait, tout le monde est au courant maintenant, je veux
dire, notre clique. Et que cela reste entre nous. Si vous commencez à
parler, je commencerai à parler, pas avec les copains, mais avec vos
mères. Si vous me "déclarez",, je vous "déclarerai" moi aussi, et
puis je vais quitter la ville. Mais à quoi cela sert ? donc,
réfléchissez si ça vaut la peine de faire du scandale.

Mais le plus grave, c'est Dembé. Il a joué sur mon nom, et il m'a
donné un nom de fille. Je ne suis pas une fille, je ne suis pas une
pute, je ne suis pas un gor-diguen, je ne suis pas un omosessel !On peut
jouir ensemble, c'est du nyanga, c'est du jeu, mais il ne faut pas me
minimiser. Et ce que ali me fait, je peux le lui faire, et je peux le faire
?a chacun de vous. C'est une affaire d'hommes. Mon nom est gor, mon nom est
gorko, l'homme si vous voulez quelque chose. Méfiez vous, je suis
très gentil, je suis très méchant, et je fais le salaud quand on
me fait chier.'

Ils n'ont rien dit. Ali m'a passé un autre verre de thé, et puis
Dembé s'est levé et m'a tendu la main : 'J'ai compris. Ne te fâche
plus. Pardonne moi seulement. ' Sali l'a suivi, Johnny m'a donné la
main, toujours sans rien dire, Drabo aussi, et nous avons parlé d'autres
choses. Enfin, je suis quand même revenu sur le sujet. L'autre nuit,
j'avais écouté une émission sur Radio Monte Carlo qui parlait du
sexe en Amérique, comment ils font, et comment sont les lois. Alors il
paraît quand un garçon américain veut faire le sexe avec la fille,
elle lui demande : 'Est-ce que tu me respecteras demain matin ?' On n'a
plus discuté, ils avaient compris."

"Mais comment ça a continué, est-ce que tu es revenu à la
rivière avec toute la bande ?"

"Aïe aïe aïe, c'est une autre histoire. Amène d'abord une autre
bière, patron !" Chose aussitôt faite, et d'autres arachides
salées sur la table d'apéritif.

"Eh ben, un mois après cet incident, Ali m'a demandé, à la fin
d'une partie de foot, si demain nous pouvions partir tous ensemble à la
rivière. On y est donc allé, ils avaient pris de la viande grillée
au marché et deux miches de pain et deux grosses bouteilles de coca
Cola. Fait curieux, Dembé n'était pas venu, il devait faire une
course pour son oncle, soi-disant. On s'est baigné, tout le monde
gardait les culottes ou le maillots de bain, on a mangé et on a bu. Un
moment donnée, Ali m'a regardé avec un gentil sourire, j'ai compris,
et je l'ai suivi derrière le grand baobab qui est là dans la
savane. Ali avait même amené une sorte de couverture, et nous avons
fait, enfin, il m'a fait. Quand il avait fini, il s'est essuyé et il m'a
dit : 'Si tu es d'accord, je dis aux autres qu'ils peuvent venir. N'aie pas
peur, ils ont seulement envie, et ils te respecteront demain matin. Et
même maintenant.'

Au bout d'un moment, c'est Sali qui est venu. D'abord, il s'est assis à
côté de moi et ne savait pas quoi dire. Mais quand je lui ai
caressé la cuisse jusqu'en haut et je me suis retourné, il a
poussé un souffle, et il m'a donné une bonne secousse. C'est le plus
costaud de la clique. Quand il avait fini, il m'a dit 'Merci, gorko, c'est
bon !', et il m'a mis sa langue dans l'oreille. Après lui, c'est Drabo
qui est venu, et puis Johnny qui était d'abord très nerveux et non
sexe n'était pas dur. Mais je voulais en finir, et je l'ai aidé avec
la main, alors ça a bien marché et il riait tellement c'était
bon. Je voulais déjà repartir pour aller me baigner quand Sali est
revenu pour me dire qu'il avait encore envie et si je ... Mais j'en avais
assez pour aujourd'hui, je voulais quand même rentrer à pied et pas
sur les genoux. Il n'a rien dit mais après, dans l'eau, j'ai bien vu
à quoi il pensait encore dans son maillot de bain. "

 En somme, cela s'est bien passé, et à partir de là, on s'est
retrouvé de temps en temps derrière le baobab pendant que les autres
se baignaient, ou seul avec Sali. Et jamais une mauvaise parole. J'étais
assez pris par Sali qui a pris goût à l'affaire, enfin, tu vois, cela
a duré, on a fait de temps en temps, une fois par mois peut-être mais
je ne suis pas un comptable.

Un jour, Johnny m'a dit quand je l'ai rencontré au marché qu'il
pouvait me présenter à un grand commerçant, un monsieur polygame ;
celui-ci l'avait amené dans sa voiture à la bananeraie derrière la
colline où il avait une maison de campagne. Le monsieur avait voulu
faire la sieste crapuleuse, enfin, il ne l'avait pas dit en clair, et lui,
Johnny, avait fait semblant de ne rien comprendre. Si cela
m'intéressait, j'aurais toujours plein de bananes, d'arachides et de
mangues de là-bas. Alors, vraiment j'ai dit non, je ne suis quand
même pas le service public. Johnny a bien ri, et on n'en a plus parlé
"

 "Donc, il n'y avait que ce Dembé, celui qui t'avait traité de fille,
qui manquait ?"

"Oui, en effet, mais je l'ai revu quand même, seul. C'est-à-dire, un
jour de grande canicule, il est venu chez moi vers midi, il s'est assis,
mais sans dire un mot, d'une manière qu'il voulait dire quelque chose et
n'arrivait pas à sortir le mot. J'avais encore une course à faire
avant le repas 'alors, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce que tu veux dire
?"Il m'a regardé avec de gros yeux, son teint s'est assombri, et il a
soufflé :à... à deux heures...ça te va ? Ici ?" Arrivés au
grand baobab de l'autre côté de la rivière, j'ai posé le pagne
que j'avais amené par terre, et je me suis allongé. Il s'est assis un
peu plus loin, et m'a regardé avec ses gros yeux. Cela n'allait quand
même pas durer. 'Viens t'allonger, là, à côté de
moi. Qu'est-ce que tu as ? Tu veux partir ? " Il s'est assis sur le pagne :
'Non, mais c'est difficile, et je... je..." J'ai pris sa main, je l'ai
caressée, le bras, l'épaule, les joues. Son cœur battait très
fort. Je l'ai tiré en bas, et nous étions enfin allongés face à
face. J'ai déboutonné sa chemise, j'ai caressé sa poitrine, son
ventre, en descendant plus bas et là j'ai senti, s'il avait la peur dans
les yeux, en bas il était déjà excité. 'C'est facile, laisse
toi faire, laisse toi aller' et j'ai tiré sa culotte et son slip en
bas. Puisque tu veux toujours avoir les détails, n'est-ce pas, patron ?"

"Je te remercie, comme cela, je suis avec toi avec ce Dembé qui a peur
et qui a envie, n'est-ce pas ?"

"Oui, s'est tout à fait cela. Et puis, la digue s'est rompue, il s'est
penché sur moi, il m'a embrassé dans la bouche, sur les yeux, sur les
oreilles, sur le cou, dans la bouche avec toute sa force comme s'il avait
attendu un an pour ce moment. Puis il m'a embrassé sur le cou, sur la
poitrine, il m'a léché les tétons comme toi tu fais, il m'a
léché le nombril et rapidement, il m'a pris dans la bouche pour me
sucer. '

"Il t'a sucé, vraiment ?"

"Bien même !, il a bien sucé ma barre de chocolat comme pour du vrai
!"

"Je croyais que vous n'aimiez pas cela ?"

"On peut faire quand on a beaucoup de sympathie et de confiance, mais on ne
va pas jouir dans la bouche de l'ami, ça, c'est interdit, enfin, c'est
impensable. Mais je continue. Je l'ai sucé aussi un peu pour le chauffer
mais il était déjà très excité, je me suis tourné sur le
ventre, et il m'a baisé, il m'a bien baisé, gentiment. Quand il avait
fini, cela a duré, il s'est allongé à côté, il m'a souri
dans les yeux et m'a donné de petits bisous. Au bout d'un moment, il dit
'Dis-moi, c'est comment ?' 'Comment, quoi' 'C'est comment quand ..." "Tu
veux savoir ?' Il ne dit rien, il fouille dans sa culotte qui était
là par terre, et il sort une petite boite de pommade. Il avait bien
préparé son coup, quand même. C'était le jour où tout
pouvait lui arriver, le jour où il devait savoir. Eh bien, il a su, je
lui ai bien fait, gentiment. Je savais que c'était la première fois,
alors je me suis couché sur lui et je lui ai soufflé dans l'oreille :
je t'aime je t'aime je t'aime, je suis ton vrai ami pour toujours, donne,
donne-moi tout, donne-moi tout de toi", et je suis rentré très
très lentement, peu à peu. C'était dur, il a eu mal peut-être,
mais je l'ai étourdi avec le souffle chaud de mes paroles, et il s'est
ouvert. Mais cela suffit, je veux que tu me fasses comme Dembé m'a fait
et j'ai envie de faire comme lui, allez, patron, au travail !" dit-il en
ouvrant la boucle de la ceinture. Je me suis levé, nous sommes entrés
dans la chambre à coucher.

"Dis-moi encore une chose, qu'est-ce qu'il en est advenu ? Vous êtes
devenus amants ?'

"Non, on n'a plus fait. On n'en a plus parlé. Quand je le voyais, il me
regarde toujours avec un bon sourire, il me serre longuement la main, mais
on n'a plus fait. Cela avait bien commencé, mais je ne sais pas pourquoi
la première fois était la dernière fois. Dommage, ou plutôt
pas, je me serais peut-être pris au jeu. Peut-être serais-je tombé
amoureux, ha ha !. "Mais j'avais assez à faire avec Sali, et on a fait
encore des piquenique tous les quatre au bord de la rivière avec des
brochettes et du Coca-Cola. " D'un seul mouvement, il se débarrassa de
tous ses vêtements et se jeta sur le lit pour revivre son histoire, et
je la partageais dans un délire qui nous transporta au bord de
l'épuisement.

*

De lents débuts

" Comment en es-tu venu à faire le trottoir ?" lui demandai-je un autre
soir.

"Vous êtes curieux, vous voulez toujours savoir pour la chose. Seulement
le sexe. Mais j'ai une vie, et ma vie n'es pas le trottoir."

"En fait, tu as raison, je m'excuse. C'est que je me suis mal
exprimé. Bien sûr je m'intéresse à toi, à ta vie, mais je
pourrais te raconter ma propre histoire, comment je suis rentré dans
l'affaire, sans savoir d'abord, par surprise ; Pendant un temps, je me
demandais si c'était bien ou si c'était mal, je ne comprenais pas
pourquoi c'était interdit et honteux alors qu'on ne faisait pas de mal,
cela a été dramatique. Dès lors, quand je te ois si tranquille, je
voudrais bien savoir, bien comprendre quel a été ton chemin, si tu as
souffert, si tu as vécu dans la peur ?"

"Qu'est-ce que vous racontez là ? souffrir, peur ? tout cela, ce n'est
rien, enfin, ce n'est pas grand'chose, du plaisir. Et un peu
d'argent. C'est seulement une partie de ma vie et pas toute ma vie. De
toute manière, je ne réfléchis pas, je suis seulement là, et je
mets un pied devant l'autre."

"Entendu. Alors raconte comment tu es venu ici en . " ville."

"Je vous avais dit la dernière fois que j'avais continué à suivre
Sali, et qu'on a fait encore deux ou trois Piquenique à la rivière.

"Tu ne parles plus d'Ali ? Tu ne l'as plus vu ?"

"Si, je l'ai toujours vu, on a pris le thé chez lui, on a houé au
foot. Mais il ne m'a plus demandé de partir seul avec lui pour faire le
sexe. Je ne sais pas pourquoi, on n'en a pas parlé. Et puis tu sais,
qu'il me baise ou qu'il me tende le premier verre quand on fait le thé,
qu'il me regarde quand il raconte une histoire, qu'il me sourit, c'est
pareil. ""

"donc, tu as continué avec Sali ? C'était lui ton chaud, ton mari ?"

*"Ah vraiment,tais toi quand tu parles ! c'est pas ça, un mari a une
femme, et je ne l'étais pas, et je ne le suis pas, attention ! Je fais
seulement. Non, on était seulement amis, et de temps en temps Sali m'a
demandé de lui donner du plaisir."

"toujours dans la savane près de la rivière ?"

"Enfin, cela s'est passé un peu autrement. Sali était très
costaud, c'était le plus grand de notre clique, et il travaillait comme
apprenti dans un garage, de la tôlerie. Et il était très chaud,
ah, celui-là !

Cela a commencé peu à peu, après notre premier Piquenique à la
rivière. Un jour, il m'a invité à venir manger chez lui le soir
avec son père et son petit frère, les femmes et les filles mangent
entre elles. On a bien mangé, du poulet en sauce d'arachides. Après
le repas, il a dit que nous allions prendre le thé chez ali, et on est
sortis. Nous sommes passés au garage où il a dit à Police de venir
avec nous. Police, c'est le nom de la chienne qui garde le garage la nuit."

"Pourquoi a-t-il emmené la chienne ?"

"Quelle question. Quand on est arrivés, Il l'a attachée à un
buisson, et il lui a dit de ne ne pas bouger. Pour qu'on ne soit pas
dérangé, car même quand elle dort, elle entend tout.

On s'est déshabillés et nous nous sommes baignés. C'est bien de se
baigner au clair de lune, elle fait des reflets sur l'eau et sur les bras,
les épaules, sur la poitrine de Sali, et quand on s'éclaboussait avec
des jets d'eau, les gouttes brillaient dans l'air. Cette lumière est
bleue et fraîche alors qu'on étouffe souvent dans les chambres, sous
la tôle des toits. Sortis de l'eau, on ne s'est plus habillés, Sali
s'est planté devant moi,, en plein clair de lune, et il a fait jouer ses
muscles, ses biceps, il a roulé ses épaules. Tu sais, au garage, il
avait soudé deux jantes sur un essieu, et il faisait les poids. Et
c'était beau a voir, il souriait, il était content de lui-même, et
moi aussi, je souriais, c'était beau à voir. Et bien sûr,
j'étais excité par son ... mvulu qui pointait vers moi. Je me suis
couché sur le pagne qu'il avait pris en partant à la maison, il s'est
couché sur moi et il m'a fait, bien fort, bien dur. Et il a duré, le
salaud ! De temps en temps, il a arrêté de bouger, immobile, et puis
il a repris. Il ..."

"Salaud, tu dis ? Il t'a violé ?"

"Mais non mais non ! C'est de l'admiration, quoi. Tu vois, Je l'avais
dedans, sa force, sa chaleur, J'avais tout son poids sur le dos, il m'a mis
la langue dans l'oreille, il m'a soufflé dans l'oreille, si bien que
ça m'est venu tout seul sur le pagne. Mais je continue : il a quand
même fini par verser et s'est couché à côté, on a causé,
et quand il s'était reposé, il a redoublé pour une autre
secousse."

"de quoi avez-vous parlé ? A-t-il dit ce que cela lui faisait ?"

"vous, décidément ! Non, on a parlé des choses de la ville, de la
vie, quoi. Enfin, De ce dont parlent les jeunes. Et quand l'envie lui est
revenu, il m'a touché, et j'ai compris.

Mais il était rudement organisé, ce Sali : l'alibi, la chienne, le
pagne pris au passage"

" si vous voulez. Quand on a quelque chose en tête, on prépare. Mais
je ne sais pas si on réfléchit toujours sur ce qu'on fait. On fait
seulement. Mais la lalibi, c'est quoi "

"Laisse. Donc vous avez fait, et il a redoublé."

"Oui, il était très chaud, il avait souvent envie. Une autre fois il
m'a demandé, avant, s'il pouvait aller jusqu'au bout, et je lui ai dit,
qu'avec lui, pas de problème. Alors cette nuit, il m'a donné cinq
coups si je me rappelle. En fait, je ne comptais pas, il n'a plus fini, et
sur le chemin du retour, on a déjà vu les premières lieurs de
l'aube. Mais c'était le dimanche. Voilà l'histoire de Sali, mais faut
bien comprendre, cela s'est passé sur un ou deux ans. Et un jour, on a
ralenti, Sali avait trouvé une copine, mais comme avec ali, on était
toujours amis et on se disait tout. Presque. Enfin, ce qu'on peut dire, ce
qui a des mots.

"Et les autres ?"

"enfin, pour Dembé, je vous ai dit. Johnny m'avait parlé de ce
commerçant à qui il voulait me présenter, et j'avais dit
non. Toutefois, je l'ai vu deux ou trois fois dans la Landcruiser du
Monsieur qui revenait du côté de la plantation."

*"Tiens tiens, ce Johnny, il a fini par faire ton travail ?" Petit rire :

"Non, comme je connais Johnny, c'est plutôt le monsieur qui a fait mon
travail, mais quoi qu'il en soit, il y a toujours du plaisir pour
deux. Vous, c'est pareil, n'est-ce pas ?. Mais on n'en a pas parlé. On
se regarde, on sait. C'est tout.

Comprenez que je vous parle de quelques trois ans, et de quelques trois ou
quatre choses qui se sont passées pendant ce temps.

Or, après mon Certificat d'études, je devais faire autre chose que du
football et du thé, de la belote ou le damier. Il n'y a pas de travail
quand on n'a pas de champs ou de bétail. Alors j'ai fait le banabana, tu
sais, la vente dans la rue avec un plateau, des mangues, des fermetures
éclair ou des miroirs et peignes. Mais cela n'a pas donné
grand-chose, et je devais aider Maman. Finalement, j'ai décidé, on a
décidé que je viendrais ici en ville, que je loge chez ma grande
sœur, enfin sœur au sens africain, une parente, une cousine de ma
mère. Elle est aide-soignante dans un dispensaire. Je paie une chambre
dans sa concession."

"Je viendrai te rendre visite un de ces jours ?"  "ah, surtout pas !
Qu'est-ce que vous croyez ? C'est une chambre avec le sol en ciment, j'ai
une cantine pour mes affaires, une natte pour dormir, un drap pour me
couvrir contre les moustiques. Et des clous au mur pour accrocher la
ghandhoura quand j'en aurai une !

"Pas de moustiquaire ?" ?"

"Non, pas encore. C'est cher. La nuit, on brûle ces spirales chinoises."

"Ne sois pas avare. Avec tes deux commerces, tu devrais quand même
gagner de l'argent ? De toute manière, je te donnerai les 1500 francs
pour une de ces moustiquaires, les tailleurs en vendent au Marché
Central. Tu sais, le palu, c'est contagieux, et je ne veux pas l'attraper
avec toi !"

"Merci patron. Je vais l'acheter demain. Mais la meilleure protection
contre les moustiques, c'est quand même votre ventilateur. ON y va ?
J'ai envie... ?"

D'accord. Mais la prochaine fois, tu va me raconter sur le trottoir, hein
?"

"Oui, si je ne l'oublie pas."

"T'en fais pas, j'y penserai."

"Hélas !"

Au bout des mois, interrompu par des travaux et des missions, nous
revoilà au salon, en ouverture du travail. Toujours le même rituel,
une bière glacée pour Oumar, façon de le mettre dans l'ambiance,
les petits amuse-gueule sur la table d'apéritif, les récits qui font
monter l'appétit.

"Je vous avais dit que je suis venu ici chez une grande sœur où je
loue une petite chambre. Où je ne peux pas recevoir des Messieurs,
même si j'ai maintenant un matelas par terre et une moustiquaire. Bon,
bref. Un collègue de la grande sœur m'a dit l'adresse où je
pouvais acheter des cartons de corned beef, il m'a fait un petit crédit,
et je me suis installé devant votre bureau, car les concurrents
m'avaient d'abord chassé près de chez eux. Dans votre rue, je suis le
seul. Et il y a quand même des gens qui passent, même des blancs
viennent dans mon magasin sur le carton retourné. Et le monsieur de la
Municipalité qui donne les tickets de marché. Donc, cela va, je peux
payer la chambre, je peux donner un peu à la cuisine de la grande
sœur, mais je ne peux pas encore envoyer grand'chose à la maman au
village. Et puis, tu sais, le soir je me promène. Je n'ai pas encore des
amis, une clique pour faire le thé. Mais pour me distraire, je pars le
vendredi et le samedi soir à la Rue Chahut où il y a les bars. Tu
vois, l'ambiance dans la rue, la musique, l'odeur des brochettes et des
épis de maïs, l'ambiance quoi. Même si je n'ai pas d'argent pour
dépenser, je regarde et j'écoute, c'est gratuit.

J'ai bien sûr vu les jolies filles bien habillées, maquillées qui
attendent sur le trottoir en haut de la rue Chalut où le lampadaires ne
fonctionnent pas. Je regarde de loin."  *** "tu n'as pas envie ?"

"si, mais j'ai peur de leur parler."

"tu n'as pas peur, tu es timide."

***"Oui, si vous voulez. Sali, lui, n'hésiterait pas à leur parler ne
soit-ce que pour blaguer. Mais vous voyez aussi comment j'étais
habillé, la culotte, les flip-flaps ! Elles ne vont pas faire avec un
enfant, ça je le savais d'avance. Mais j'aimais regarder de loin.

Alors, il y avait cette nuit de canicule, je n'arrivais pas à
m'endormir. Tu sais, ma chambre n'a pas de faux-plafond, on est directement
sous la tôle, et même si on ouvre le volet et la porte, le courant
d'air ne donne pas grand-chose. Alors je me suis levé et je suis parti
au quartier de la Gare. C'était un lundi, deux heures du matin. Très
peu de personnes dans la rue. Et plus de filles au bout de la Rue Chahut."

" ...Rue Chalut ! "

*" Je sais, mais nous on dit Rue chahut. Laisse-moi seulement parler.
 Donc, dans la rue qui est en travers, au bout, j'ai vu un seul garçon
qui attendait, juste à l'endroit où vous m'avez vu la première
fois. Je suis resté derrière un arbre pour voir la fille qu'il
attendait ou qu'il allait appeler. Et puis, une mobylette est arrivée,
l'homme a parlé au garçon, il est monté sur le porte-bagages et
ils sont partis. J'ai compris.

Pendant quelques jours, la scène m'a tourné dans la tête, j'ai
écouté un peu autour, et le vendredi je suis reparti à la rue
Chahut Tu sais, chez nous on ne se surveille pas, de toute manière, j'ai
ma clé. A minuit, il y avait beaucoup de monde, les filles, les
voitures. Vers les deux heures, les filles étaient parties, et c'est
alors que j'ai vu les garçons, ils étaient trois ou quatre. Je n'ai
pas voulu me mêler à eux, je connaissais déjà la concurrence
entre vendeurs des rues. Alors je suis revenu le lundi, la nuit, très
tard. Pas de voitures, mais finalement un monsieur est venu sur une
mobylette, assez jeune, il avait l'air sympathique, et il m'a demandé si
je voulais venir avec lui. J'ai dit : 'non, pourquoi faire ?'. Cela l'a
fait rire, 'Toi aussi !' qu'il me dit, 'c'est pour se tirer les cheveux...'
et il a sorti le bout d'un billet de la pochette ***de sa chemise et je
suis monté sur le porte-bagages."

"Et ensuite ?" Oumar se lève :

"allez, je vais au travail, je vais te montrer ce que le monsieur m'a
fait. " Argument irréfutable, et aussitôt suivi

*

La Police

"Tu n'as pas peur de la police ?" lui demandai-je encore un autre
soir. "Ils patrouillent la nuit dans les coins sombres pour traquer les
filles."

"Vous voulez dire, les filles, et les garçons n'est-ce pas ? Eh ben la
police, on se connaît."

"Comment, vous vous connaissez, vous êtes des amis ? Raconte !"

"Ah, vous encore ! Toujours le détail ! Eh ben, je les ai rencontré
la deuxième ou la troisième nuit où j'allais au chantier. On a
causé, on s'est entendu. Depuis, on se voit, mais on ne se parle
plus. C'est tout."

"Je te ramène à la maison ?"

"Ouf ! soit. Donc, j'étais là dans la rue. Une voiture est passée,
les vitres en bas, c'était un Libanais, un gros monsieur que j'avais
déjà remarqué, il avait un sourire très sympathique. Donc,
après être passé, il a ralenti un peu plus loin et je me suis
tourné pour regarder. Alors j'ai senti une main sur mon épaule, je me
retourne et j'avais en face deux agents de police, un grand costaud et un
autre un peu plus mince, un teint clair comme on dit,, un Blanc de chez
nous, un Touareg, quoi.

'Contrôle de police. Qu'est-ce que tu fais là !'

'Rien, je me promène seulement., c'est pas défendu.'

'Tu te promenais pas, tu traînais. Qu'est-ce que tu cherches à cette
heure-ci ?'

'Je regarde les filles. C'est pas défendu.'

'Il n'y a pas de filles que je voie. Allez, montre tes papiers !'

Il les a mis dans la poche de son uniforme : 'On va regarder cela de
près au Commissariat.'

Arrivés là bas, le Touareg s'est assis au bureau, il m'a fait un
geste de m'asseoir en face, son camarade est resté debout. 'Bon, nous
allons étudier la situation. Vide tes poches là sur la table. Tout !'

Il s'est mis à rire : Il y avait mon mouchoir, quelques centaines de
francs et deux petites pochettes en plastique. Et mon canif.

'Alors, allons voir ta carte d'identité : Oumar bra bra bra, né le
bra bra, c'est bon. Voilà ton ticket d'impôt, c'est bon. Qu'est ce
que tu travailles ?' 'Je suis dans la commerce. Vous avez-là mon ticket
de marché, C'est l'agent de la mairie qui l'encaisse tous les matin,
c'est 10 francs pour la journée. Voyez la date de ce matin'

'Tu veux dire, hier matin. Tu n'as pas de ticket pour ce matin.'

Je ne fais pas la commerce maintenant, je prendrai le ticket tout à
l'heure.'

'Elle est bonne, celle là, tu ne fais pas 'la' commerce là dans la
nuit. Mais soit. donc, tu es vendeur à la sauvette.'

'Qu'est-ce que cela veut dire,, je ne me cache pas, j'ai le ticket du
marché.'

'C'est sur le dictionnaire si tu veux, ce sont les vendeurs qui se sauvent
quand ils voient la police. Des marchands ambulants, quoi.'

'Je ne me sauve pas, je n'ai pas peur de la police, j'ai mon ticket
d'impôt et mon ticket de marché, vous l'avez en main.'

'Ah, je vois, tu es têtu ! Fais attention !' Il a pris un gros câble
électrique qui était devant lui et il a tapé sur la table.

'Ne vous fâchez pas, Monsieur l'Inspecteur, je dis seulement la
vérité, non ?!'

'Et ça, c'est quoi, ça ?'Dit-il en pointant sur les deux
préservatifs.

'Je suis parti regarder les filles et je me suis dit, si j'ai de la chance,
je ne veux pas attraper la chaude.'

'ça alors, tu nous prends pour qui ? Résistance aux agents de l'ordre
public, outrage aux mœurs, racolage sur la voie publique.'

'Je ne vous ai pas résisté, Monsieur l'Inspecteur, pourquoi ? Vous
n'allez pas me faire du mal . Mais que veut dire racolage public ?'

'C'est quand les putes appellent les clients dans la rue.'

'Mais je ne vous ai pas fait du racolage, c'est vous qui m'avez parlé le
premier, non ?'

Il s'est mis à hurler : 'Ah, ça, c'est le comble. Je vais t'apprendre
les bonnes manières. ' Il a pris le gros câble sur le bureau, il m'a
saisi par l'épaule. 'Allez, on va faire un tour à la salle
d'examen. ' Et d'une voix normale, il dit à son camarade : 'Tu gardes la
place. Tu viendras après pour la punition. '

Le touareg m'a poussé dans la cour, vers le hangars où il garent
leurs voiture devant les ballots de marchandises et meubles repris aux
voleurs. Il a ouvert le portail d'un garage. C'était vide à
l'intérieur, à part d'autres ballots de marchandises, des fûts et
un long banc. Il s'est assis et a mis son câble à côté de lui.

'Alors, tu fais la pute, et tu fais la pute avec les hommes. Nous t'avions
observé

!'C'est vous qui le dites. Et si c'était vrai, je suis majeur et ce
n'est pas interdit par la Loi.'

Nouveau hurlement : 'Alors, Tu veux m'enseigner la Loi. Le racolage sur la
voie publique est un délit grave. ' Il saisit le câble.

'Ne vous fâchez pas, monsieur l'Inspecteur, je ne veux pas vous
contredire. Faites de moi ce que vous voulez, mais ne me faites pas mal,
par pitié !.'

'Allez, tourne-toi contre le mur ! Les mains sur le mur. Non, bien
écartés. Voilà. Ne bouge pas. '

Je savais ce qui m'attendait, il allait me fouetter avec le câble.

'Je vous prie, Monsieur l'Inspecteur, ne me faites pas mal, je ne viendrai
plus ici la nuit.'

'Trop tard !' Il s'est approché, a mis sa main dans la bande
élastique qui serrait ma culotte et il l'a tirée pour la faire
glisser à mes pieds. 'Allez, Pieds en arrière, écarte les jambes,
Laisse les mains sur le mur ', et il m'a fait.

"Et c'était comment ?' " demandai-je. "Oh, c'est toujours pareil. C'est
le caractère qui change. Il a fait lentement, et il a duré. Et j'ai
poussé un peu contre lui pour lui faire sentir que c'était bon. Il
n'a rien dit, il a seulement soufflé. Cela a bien duré Enfin, il a
retiré son, eh ben, tu vois, et il est allé dans un coin.

'Ne te tourne pas, reste là où tu es. Les mains sur le mur. Et ne
bouge pas. C'est pas encore fini !' et puis il est sorti, en fermant le
portail. J'étais seul. Dans un coin, j'ai trouvé une vieille
serviette, et je me suis nettoyé le derrière si tu veux avoir le
détail, n'est-ce pas ? Et puis je me suis assis sur le banc, à
côté du câble qu'il avait oublié là. Je n'avais que ma
chemise, la culotte était par terre devant le mur. Mon sexe était
dur, comme ça l'autre policier allait voir tout de suite. De quoi il
s'agit"

"Donc, tu bandais, tu étais excité, tu avais envie ?"

"Ah non, c'est normal, c'est une réaction, je suis un homme, et quand on
me touche, ça part. Il n'y a pas d'idée là-dedans, pas de
désirs et pas de rêves, on me touche ou je touche une femme, et je
bande comme vous dites. Mais je continu. Le portail s'est ouvert, l'autre
policier est entré. Il était grand, avec de très larges
épaules, un homme de ma race car j'avais vu son nom sur les deux badges
qu'ils avaient déposés sur le bureau du poste. L'homme s'est assis
à l'autre bout du banc, et il n'a rien dit. Je n'ai rien dit, mais je
sentais qu'il y avait quelque chose en suspense. Alors je me lève, je
mets les mains sur le murs, les jambes bien écartés et je lui
présente mon cul. Pourvu qu'il fasse vite, je voulais rentrer. Mais rien
ne s'est passé. Je me suis retourné en entier. Il était là
debout, il avait ouvert son pantalon et sorti son sexe, un gros morceau de
chair bien large mais mou, contrairement au mien qui pointait vers lui
. 'Je...je...' fait-il. Il avait l'air embarrassé, il regardait vers le
plafond.. 'Voulez-vous que je vous aide ? ai-je dit en suçant mon
doigt. 'Arrête, ça suffit. Et mets ta culotte, et mets ta culotte, tu
n'as pas honte de t'exposer comme une pute. Outrage aux mœurs, cela peut
te valoir la prison. 'On n'est pas dans la rue, et je fais seulement ce
qu'on me demande'

'Eh ben, le collègue m'a dit que tu es une vraie fille et qu'on peut te
faire, mais je n'ai pas envi, je suis marié, j'ai des enfants, et c'est
dégueulasse. Toi, ça te fait envie ?'

Non, Monsieur l'inspecteur, je supporte seulement.'

'Sergent, on est des Sergents. Mais je ne veux pas discuter, tu fais la
salope mais tu as l'air honnête aussi. Fais seulement attention, je ne
veux plus te voir faire la pute dans la nuit. Tu vois, le camarade, lui il
prend tout ce qui passe, et il veut que je sois dans le même bain. Il se
trompe, il n'a pas besoin de m'entraîner pour avoir mon silence. Ce sont
des choses qui n'intéressent pas et qu'on oublie. Du reste, il n'est pas
si méchant.'

'Et cela ?' dis-je en prenant le câble qui était là à
côté sur le banc

'Tu veux le sentir ? C'est pour les voyous coriaces qui nous bravent.'

'Ah non, grand frère, ne faites pas cela, je ne résiste pas et vous
avez vu que je ne vous ai rien caché, hein ?'

'Pourquoi grand frère, tu me connais ? Tu connais mon nom ?

**'Non, Monsieur le Sergent, je ne connais pas votre nom, je ne vous
connais pas, je ne connais pas votre camarade, je ne vous ai jamais vus.'

'Ah, ça c'est bien. Tiens-toi en là, et tu auras une longue
vie. Voici tes papiers, prends tes tongs et file, qu'on ne te vois plus. '
Avec cela, il m'a donné le paquet de cigarettes qu'il avait dans sa
poche. Ensuite il m'a conduit à l'entrée de la cour et m'a poussé
dehors, quand même avec une tape sur les fesses. Depuis, je les ai vus
encore deux fois, quand je les vois, je me mets à marcher, et quand on
se croise, on se salue avec les yeux, mais on ne dit rien. Depuis, je suis
tranquille. L'autre nuit, j'ai quand même vu qu'ils ont emmené un
gars au Commissariat, un type déclaré, avec plein de bagues et de
colliers et des foulards au cou et dans la ceinture. Mais je ne lui parle
pas, il gêne seulement. Il ne faut pas être déclaré, il faut
être invisible. Voilà ton histoire, et maintenant, on va au chantier
?"

*

Monsieur Kâ


Les mois s'écoulaient. De temps en temps je m'approvisionnai en Corned
Beef et de loin en loin je fis appel aux bons services d'Oumar. Bien que
ces rencontres nocturnes fassent le seul objet de ce récit, il ne faut
point croire qu'elles fussent le contenu, le centre de ma vie. Celle-ci
était pleinement remplie par mes occupations professionnelles à la
Banque, par de brèves missions en région et à l'occasion des
grandes fêtes de voyages aux sites historiques du pays où je
cherchais à traduire les ombres et les couleurs de ce pays aride par la
photographie monochrome. Les nuits avec Oumar et la lente évolution de
nos relations, ma connaissance progressive de sa vie, n'étaient qu'une
tranche infime et quand même ***essentielle de mon vécu ; je les
présente donc ici comme tranche, tout comme je pourrais présenter
d'autres tranches de ma vie qui est toute en tranches, des tranches qui se
fondent en un personnage que je ne saurais définir.

En d'autres occasions, je sortais même avec Oumar dans la
journée. Ainsi je l'emmenai au Jardin zoologique qui était si loin du
centre de la ville que peu de jeunes le connaissaient, et nous fûmes
profondément attristés par la déchéance du roi de la savane,
par la léthargie du Lion derrière la triple rangée des barres de
fer. et il m'arrivait de l'emmener lors d'une mission dans une ville
voisine. Maintenant qu'il était correctement habillé, je pouvais bien
l'emmener comme interprète par exemple pour le cas où je tomberais en
panne sur la route nationale ; il est vrai, que dans un pays francophone il
n'y a pas d'endroit où l'on ne parlât pas le français. Mais il n'y
a pas que les paroles à traduire, un jeune compagnon permet aussi de
comprendre le spectacle que projette le pays, les choses de la vie des
villages, et jusqu'aux détails curieux. Ainsi j'avais été
intrigué depuis longtemps par le feuillage des manguiers
éparpillés dans la savane et qui étaient toujours coupé ras
à la base comme si un jardinier l'avait taillé au sécateur : Oumar
m'en fournit l'explication, on ne peut plus simple. C'est que les vaches
mangeaient méthodiquement toutes les feuilles qu'elle pouvaient
atteindre au bout de leur museau tendu. Quant à moi, je déballais ma
science en narrant que dans l'Inde de jadis on recueillait l'urine des ces
vaches pour teinter les pagnes de soie fine en jaune d'or. Bien entendu,
nous ne manquions pas de faire escale dans un des bars des marchés au
bord de la route, et assis sur des caisses à bière retournées,
nous causions et plaisantions avec les autres clients, entourés à une
respectueuse distance par la marmaille locale qui regardait avec de gros
yeux les deux citadins et éclatèrent de rire sur leurs commentaires
d'enfants timides qui se croyaient insolents. J'étais heureux, je le
suis jusqu'au jour d'aujourd'hui, jusque dans ma nuit actuelle. Quand
j'écoute Yokolo sur la guitare magique du docteur Nico qu'on jouait
alors sur les tourneurs de ces buvettes, je hume de nouveau l'air du
pays. Si j'étais ravi par Oumar de la nuit, la compagnie d'Oumar du jour
fut plaisante. Ce qui nous unissait, c'était une bonne sympathie, et la
vue de ses cuisses, de ses mains, de sa bouche n'appelaient guère le
désirs dans la journée, nous n'étions pas amoureux l'un de
l'autre, nous nous aimions seulement comme nous aimons la vie et le
bien-être et les fleurs d'hibiscus. La nuit dans ma chambre empreinte de
l'odeur d'encens sénégalais, la nudité, la chaleur de la nuit
éveillait alors nos sens pour les pousser vers l'assouvissement.  *** Je
couvais pourtant d'autres fantasmes que j'espérais pouvoir assouvir
grâce à la simplicité et l'apparente indifférence
d'Oumar. J'aurais bien aimé m'ébattre avec lui en compagnie de deux
ou trois de ces camarades. Si le commerce charnel entre deux mâles,
entre deux pôles positifs est déjà chargé de fortes tensions,
l'entrée en jeu d'un autre corps, d'une autre odeur, de gestes plus
hardis ou plus timorés, de cette similitude des différences, en un
mot, toute l'alchimie des polarités inversées et d'éventuels
court-circuits devaient m'exciter au plus haut point. Je fus tragiquement
dupe de cette vaine recherche de la durée du plaisir par la succession
et la multiplication de la jouissance. Je me demandais quels seraient leurs
rapports dans cette situation où la gêne devait s'estomper peu à
peu, se laisseraient-ils emporter par les pulsions de la lubricité ou
éviteraient-ils, en pensant au lendemain, de se compromettre ? quels
regards échangeraient-ils et quels commentaires par-dessus mon corps qui
leur serait livré en proie ? Toutefois, je devinais qu'Oumar allait
jouer la part du macho, en attendant que l'autre ou l'un d'eux se
compromît par un geste pervers, par un aveu ? S'oublierait-il jusqu'à
faire la folle ou la salope suceuse ? Je m'attendais à une partie de
haute tension.

Je commençais, au cours de plusieurs rencontres, à l'interroger sur
ses camarades, pour savoir qui était "dedans" ou sur les autres
garçons du trottoir. Or, lui qui était si ouvert et sans gêne
quand il déroulait peu à peu son quotidien et son passé, quand il
les truffait des détails dont il me savait si gourmand, devenait
taciturne, non, aucune de ses connaissances en ville était "dedans", il
ne parlait pas aux autres garçons du trottoir, il disait même qu'il
n'en voyait jamais. Néanmoins, il me promettait d'en approcher pour
pouvoir venir travailler en duo, mais le ton de son "Oui, certainement",
Oui, la prochaine fois" disait, non, aucune envie. Dans ce pays on n'aime
pas dire non, c'est trop brutal, il faut interpréter la voix qui
traîne, le oui sans conviction. Les Européens se trompent souvent et
prennent pour du mensonge ce qui est le respect de l'autre, condition d'une
bonne vie en ***commun. je ne sais si c'est le propre du pays ou de propre
de sa race dont je ne saurais rien dire.

Un soir, quand j'allais prendre la voiture à la sortie du bureau, il me
héla. Nous ne nous parlions pas tous les jours et je n'avais pas
toujours besoin de sa marchandise, si bien que nous nous saluions
d'habitude rien que par un regard et un sourire. Mais ce soir il m'appela :

"Hé, patron patron, j'ai quelque chose pour vous " "Ah, qu'est-ce que
c'est ?" "Je ne peux pas le dire ici, comme ça en passant. Est-ce qu'on
peut en parler ce soir, avant..." "Ah non, ce soir j'ai des invités,
mais tout à l'heure, je reviens en ville faire des courses à
l'épicerie libanaise, et on pourra prendre un verre sur le pouce, chez
Pauline Bar, vers les six heures et demi, sept heures ?" "sur le pouce ?"
"Je veux dire, rapidement, tout juste un verre. " "D'accord, six heures et
demie chez Pauline Bar."

Il m'attendait déjà, attablé à la terrasse devant un Fanta.

"Alors, qu'y a-t-il de si confidentiel à me dire ?" "Eh ben c'est un peu
difficile... Enfin, voilà. Vous m'aviez demandé à plusieurs
reprises si je pouvais venir avec un camarade pour nous amuser ensemble, et
vous vouliez même me donner un extra pour la commission. Si vous êtes
fatigué de moi, si vous voulez changer, dites-le, nous ne sommes pas
mariés. J'ai vécu avant de vous connaître. " "Oh là, tu fais de
la jalousie ?" "Non, je dis seulement ce qui est. De toute manière, J'ai
essayé, mais je ne connais personne Et je ne veux pas en parler à un
inconnu, car il y en a qui sont bavards, ils vont gâter votre nom, et
vous serez "déclaré."

C'était honnêtement menti, car il devait avoir de fines antennes et
de fines oreilles pour savoir qui " est dedans ", et si la fidélité
n'est pas la première vertu des garçons du chantier, ils avaient
d'autre part le bons sens de l'entrepreneur qui tient à garder ses bons
clients. J'avais vu au Sénégal les balafres qui témoignaient de la
violence des sentiments parmi les garçons du milieu local.

"Mais toi-même, tu es bien bavard, tu m'as raconté bien des choses
sur toi et sur tes camarades ?" "ah, vous alors, d'abord vous voulez tout
savoir, et maintenant vous me le reprochez. Soyons clair : je vous ai
parlé de moi, parce que vous êtes un curieux et pour vous faire
plaisir, et puis c'est sans grande importance. Ensuite, je ne parle jamais
de personnes que vous pouvez connaître. Vous ne savez pas si les noms de
mes camarades du village sont vrais, si les histoires que je raconte sur
eux sont vraies. Le village est loin d'ici, vrai ou faux, à cette
distance, c'est un peu la même chose. Et en ce qui vous concerne, je
vous jure, je ne parlerai jamais de vous, wallahi ! si vous ne me croyez
pas, c'est votre problème. Je fais ce que je dis."

"ah, la la, ne fais pas de la philosophie. Je dois partir. Tu voulais me
dire quelque chose ?"

"Ah, oui, je connais un monsieur, mais il est vieux, il doit avoir 45 ans
(merci, Oumar, pour le compliment), il est difficile, parfois il m'insulte
pendant, et parfois il me demande des choses bizarres. Il m'a demandé si
je connaissais des Blancs, il a envie de faire avec un Blanc ..." "Alors,
tu lui as donné mon adresse ?

"Ah non, vous avez de ces idées. Je lui ai dit que je vais
chercher. Alors, si vous êtes d'accord, je vais venir avec lui mardi
prochain quand il reviendra en ville."

Ce mardi venu, j'allais voir Oumar à la sortie du bureau. "C'est
d'accord. Il s'appelle Monsieur Kâ, enfin c'est ce qu'il dit. Je lui ai
dit que vous êtes Belge et que vous allez bientôt rentrer. Et s'il
vous plaît, laissez-moi faire. Il n'est pas toujours poli avec moi,
alors s'il voit que vous me traitez avec respect. Ah oui, vous n'allez pas
me payer cette fois, je lui ai demandé 10.000 francs pour faire avec un
vrai Blanc !

Merde alors, mon gigolo était devenu mon maquereau, mais soit. Ce
n'était pas bien méchant.

La nuit venu, je retrouvai Oumar dans la rue des Orfèvres en compagnie
d'un monsieur bien mis, avec une tenue grise en Tergal comme en portent les
fonctionnaires. Il était de taille moyenne, trapu, au teint très
sombre et visiblement crispé. Il s'installa à l'arrière de la
voiture, et nous partîmes vers le centre. Au lieu de passer par la
grande route, j'allais vers le Nord de la ville jusqu'à l'abattoir pour
entrer dans notre quartier, en faisant un peu de zigzag, tant soit peu pour
brouiller la piste. Pendant tout le trajet, Monsieur Kâ. Ne dit mot.

Même attitude à la villa, il était difficile de lui arracher
quelques remarques sur la ville et l'air du temps ; J'avais sorti à son
intention Le Johnny carte noire " Still going strong " des grandes
occasions dont il avait visiblement besoin. Je constatais qu'il transpirait
à grosses gouttes.

Cela risquait de se prolonger, mais Oumar prit l'initiative, : "Allez,
Patron, on va s'amuser un peu ?" et il ajouta quelques mots en dialecte
à l'adresse de Monsieur l'Embarras en personne . celui-ci poussa un gros
soupir, plia sa veste sur le fauteuil et nous suivit à la chambre à
coucher où il s'installa sur la chaise entre la tête du lit et la
fenêtre ; les volets étaient évidemment fermés. Si quelqu'un
avait voulu écouter sous la fenêtre, la chienne l'aurait vite fait
déguerpir.

De l'autre côté du lit, Oumar se mit à me caresser et à me
donner des bises appuyées sur les joues et sur le cou, en me
déshabillant lentement, en posant mon pantalon, mon slip avec un
gloussement de fausse surprise, mes chaussettes une à une et finalement
ma chemisette sur la chaise de ce côté du lit. Monsieur K. était
là sur sa chaise comme pétrifié, en suant à grosses gouttes. Je
ne suis pas un Apollon de Praxitèle, surtout devant la perfection de la
musculature et de la peau de l'éphèbe qui s'effeuillait au même
rythme, mais je n'avais pas à avoir honte, et la nature m'avait
épargné " l'œuf colonial" qui dépare tant d'hommes à partir
de la quarantaine. De toute manière, je n'étais pas dans une
compétition, et si le Monsieur


voulait voir le cul d'un Blanc, il serait servi. Oumar, tout nu à son
tour, se coucha sur le lit et m'entraîna sur lui, multipliant les bises
et les caresses sur mes cheveux, mes épaules, mon dos. Puis il me
retourna et parcourait ma poitrine, mon ventre, mes cuisses, toujours sous
le regard fasciné de Monsieur Kâ. Finalement, Oumar s'assit à la
tête du lit, les genoux largement écartées et me tendit ce qu'il
avait de plus protubérant : "allez, patron, y a bon, suce le gros
bâton de chocolat !. " Je ne me fis pas prier et je le traitai
goulûment, avec un peu d'ostentation, non sans observer du coin de
l'œil notre spectateur aux yeux écarquillés. Pour lui donner une
meilleure vu du spectacle, Oumar avait allongé sa jambe droite. Je
comprenais son intention, j'avais le cul en l'air, mais le spectateur ne
profita pas de cette invite. D'attente lasse, Oumar se glissa vers le bas,
m'embrassa et finit par me pénétrer, lentement, cette fois sans
effets théâtraux. Quand il eut fini, il partit dans la salle de bains
sous la douche.

Monsieur Kâ, toujours cloué sur sa chaise et ruisselant de sueur,
finit par m'agacer.

"Allez, lève-toi, fous-toi à poil ! T'es pas venu pour effeuiller les
marguerites !"

Le ton brutal de ma voix l'arracha à sa torpeur, il posa le verre qu'il
avait amené, obtempéra et se mit à faire finalement ce qu'il
était venu faire, baiser un Blanc. Que grand bien lui fasse. En effet,
peu à peu il s'anima et me traita vigoureusement et longuement, avec de
savantes interruptions pour faire durer son extase. Oumar rentra, sentant
bon le savon parfumé, et se glissa à côté, en contemplant d'un
air amusé les %effort de notre troisième larron qui peu à peu
perdait toute gêne et se laissa aller à la nature. Fait curieux :
bien que sa ruade fut plus vigoureuse que celle du jeune professionnel,
plus gluante, bien qu'il puât le mâle en rut, je ne partageais pas
son excitation. J'avais voulu savoir, maintenant il fallait subir. Je
comprenais ce qui manquait à cet assaut pourtant magistralement mené
: la sympathie, la connivence avec Oumar du jour qui se muait en en
travailleur enjoué de la nuit.

Après un bref repos, Oumar m'accorda ses faveurs dont je goûtais
très discrètement, ce qui enhardit Monsieur K. à redoubler sur
moi.

Quand il revint de la douche, il était presque hilare : "ah*, c'est bon
! ah, les Belges !"

"Ne dites pas cela. Je ne suis pas plus Belge que vous n'êtes Monsieur
Kâ, de toute manière ne jugez pas les Belges d'après moi. Chacun
est un autre. Chacun est un autre."

Et je les raccompagnai en ville, toujours en passant par les dédale des
rues du quartier Nord, avec un Monsieur Kâ détendu et
légèrement hilare sur la banquette arrière.

Quand je revis Oumar le lendemain, il me dit : "Il était très
content. Il a dit qu'il voulait savoir, et maintenant il savait. Mais que
cela lui suffisait, et qu'il ne reviendrait plus. Il m'a quand même
encore remercié, chaleureusement" fit il avec un clin d'œil, en
frottant le pouce contre l'index. "On partage ?"

Décidément, il ne manquait plus que cela !

***

Fin et suite

Au retour des congés en métropole, la place d'Oumar devant notre
parking était vide, et elle devait le rester. Il avait peut-être
changé de vie, il avait peut-être commis un petit délit et se
trouvait dans la cellule du Commissariat, ou tout simplement, il n'avait
plus envie. Ou bien, il s'était mis en ménage avec un autre Blanc
comme boy ou gardien de nuit. Dommage, c'était un bon souvenir.

Plus que cela, je ne cessais de réfléchir sur ce personnage si
déconcertant dans sa simplicité, son énigmatique transparence,
dans son indifférence qui me fit penser à l'Indifférent de
Watteau, bien que le gentilhomme vêtu d'un pourpoint de soie bleue
eût peu de commun avec le jeune homme habillé d'un short délavé
et de tongs tel que je l'avais connu la première fois au
trottoir. J'étais sûr de ne pas l'aimer d'amour, je n'eus jamais avec
lui ce ces flambées qui chauffent la poitrine, et je savais qu'il ne
pouvait aimer de cet amour ou ce que les poètes en disent. Toutefois, je
finissais par voir dans son humeur toujours égale, dans son
honnêteté qui s'ignorait, dans ce que j'appelle sa bienveillante
indifférence, un profond amour de la vie et du prochain. Oumar ne
querellait pas, il ne raillait pas, il ne cherchait pas à dominer et
s'esquivait seulement devant la contrainte, il ne cherchait pas le pourquoi
des choses et de personnes, il était seulement tout comme il faisait
seulement pour employer la seule explication de se qu'il faisait le jour,
de ce qu'il faisait la nuit.

 Les jours passaient, le temps passait.

Un jour je trouvai à la sortie du bureau que la place était
occupée. Le carton retourné était là au bord du parking, avec
sa pile de boites de corned beef et sous un caillou, le petit ticket jaune
de la taxe municipale. Je choisis deux boites et je payai, en refusant la
monnaie d'un geste de la main, "laisse !". Le jeune vendeur n'en parut pas
surpris, il eut un petit rire du genre "vu et connu". Il était un peu
plus grand et un peu plus lourd qu'Oumar, et aussi bien mis, avec des jeans
et des baskets neuves. Sur le t-shirt tendu sur une poitrine bien large, je
lisais "all my parents brought me back from Las Vegas was this cheap
t-shirt", cela s'appelait des vêtement américains, de la friperie
vendu en tas à même le sol des marchés. Avec cela il avait l'air
un peu rieur. Je lui demandai : "Où est le jeune homme qui était
là avant vous ?"

"Oumar ?"

"Ah, vous le connaissez ?"

"Bien sûr, c'est mon frère..."

"Même père même mère ?" Le langage local dans la bouche du
Blanc le fit rire.

"Bravo ! Mais non, on est du même village. Oumar est parti à Grand
Bassam, un camarade du village qui a eu des histoires là-bas l'a
recommandé à son patron, un Blanc. Il va commencer comme gardien de
nuit. Ensuite, il peut monter en grade pour devenir cuisinier, et
peut-être même chauffeur. Là-bas, ça marche, les affaires."

"Donc, il ne reviendra plus ?"

"Oui, pas pour le temps qui vient. Mais il m'a laissé sa place et son
commerce. " Et avec un air candide et un regard droit dans mes yeux, avec
un petit sourire : "TOUT ...son commerce ..."


J'eus comme l'impression que j'allais me remettre au corned beef.

*
* **
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