Date: Sat, 29 Mar 2014 16:59:00 +0000 (GMT)
From: Adelard Dore <adelardore@yahoo.fr>
Subject: Retour à la Beat Generation 2

Retour à la «Beat» Generation 2

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Et si Jack Kérouac revenait à New York

Vers le milieu de novembre, Bertrand me proposa de faire un petit voyage à
New York pour visiter quelques galeries d'art et parcourir les musées.
Il m'assura qu'il payait tout, sachant fort bien que mon revenu
d'étudiant ne me permettait pas cette fantaisie.  J'hésitais car je
ne voulais pas être démesurément en dette avec lui.  Pour palier à
mes réserves, il m'annonça qu'un autre étudiant nous
accompagnerait et que celui-là ne semblait pas aussi préoccupé que
moi concernant de lui devoir quelque chose. J'avais donc bien deviné
quand je croyais qu'il ne m'était pas très fidèle.  Mais, comme je
ne voulais pas revivre les souffrances que j'avais déjà endurées
au cours de mes relations avec d'autres auparavant, je m'étais juré
de ne pas être jaloux et de ne rien bousiller à cause d'une
hypothétique infidélité voire d'une infidélité pas
hypothétique du tout.  Je dormais chez Bertrand tous les mercredis soir
et la plupart des samedis soirs.  Les autres soirs, que faisait-il donc?
Aussi je le voyais souvent entouré de jeunes filles à la
cafétéria de l'université.  Il ne m'avait pas caché d'ailleurs
qu'il était attiré par les deux sexes.  En fait, comme on dit au
Québec, il était « au cul », peu importait le genre.
Cependant, je dois dire que je fus particulièrement étonné quand
il m'annonça que notre compagnon de voyage n'était pas une compagne.

Jusque là, j'avais compris que l'on partagerait une chambre ensemble et
la fille une autre chambre; ce n'était pas très compromettant.  Mais
trois gars!  Comment allions-nous nous loger?  Il me dit qu'une chambre à
deux grands lits avait été réservée.  « Nous dormirons dans
un lit et le garçon dans l'autre », me dit-il en me tapant un clin
d'œil.  « Il se pourrait peut-être bien que nous finissions tous
dans un seul lit » ajouta-t-il en riant.

J'ai ri aussi en lui demandant s'il n'avait pas des plans derrière la
tête.  « On verra bien » m'a-t-il répondu.  « Quand je t'ai
connu, qui eut dit qu'on partagerait nos fantasmes sexuels? Et pourtant! »

Je me demandais qui serait mon compagnon de voyage?  Il y avait quelques
individus dans mon groupe avec lesquels je n'avais aucune envie de voyager.
Finalement, il me nomma Claude J.  Curieusement, Claude J. n'était pas
dans mon groupe.  Il était étudiant en Lettres françaises.  Je
l'avais connu un an auparavant quand j'avais pris quelques cours dans ce
département.  Il était maintenant l'étudiant de Bertrand car il
avait profité de la grande notoriété de ce dernier pour s'inscrire
à son cours d'esthétique.  C'est comme ça qu'ils s'étaient
connus.

Je n'étais pas vraiment surpris d'apprendre que Claude serait du voyage.
Il était comme on dit encore au Québec « un téteux de prof »
(il tétait les profs), toujours au bureau du prof à la pause ou à
la fin du cours, toujours une question, toujours un commentaire, toujours
prêt à amorcer une longue discussion sans tenir compte de la
présence des autres.

Mis à part le côté très sexé de Claude J., sa présence ne
me disait rien de bon.  Je le connaissais suffisamment pour savoir qu'il
avait dû « quêter » sa place dans ce voyage, collant aux
baskets du prof jusqu'à ce que l'invitation s'impose.  Je fis part de
mes commentaires à Bertrand qui était tout à fait de mon avis.

 «Alors pourquoi l'as-tu invité? » lui demandai-je.  « Parce
que tu m'as dit que tu le trouvais sexy » me dit-il en riant.  « Je
voulais vous rapprocher ». _ « Trop de bonté! Cher professeur!
Mais je me serais bien passer de lui ». _ « Tu verras!  Au retour, tu
ne voudras peut-être plus te passer de lui » ajouta-t-il en riant
franchement.

J'ai capitulé plutôt facilement quand il m'a rappelé que je lui
avais déjà mentionné ce fameux Claude J. au cours de nos
échanges « olfactifs ».  Je lui avais dit que je le trouvais
très excitant surtout qu'il semblait porter toujours les mêmes
vêtements.  Si ce n'eut été qu'ils ne fussent pas froissés,
j'aurais cru qu'il dormait sans les quitter.

J'avais aussi ajouté que Claude réveillait mes fantasmes pour les
odeurs quand je le voyais entrer en classe avec le même pantalon marron
foncé, en velours côtelé, très ajusté.  Ce dernier lui
moulait les fesses qu'il semblait avoir particulièrement dures et fermes
avec une belle forme oblongue.  En effet, il était fait sur le long
notre Claude.  Il était grand et mince, de figure également
allongée, des yeux marron et des cheveux assortis dont une mèche
revêche lui retombait constamment sur le front.  C'était un garçon
très intelligent (j'avais pu le constater aux questions qu'il posait
durant les cours et lors de la présentation orale de l'un de ses
travaux).  Il était beau, brillant, sexé, intelligent, mais «
chiant ».  Il portait de petites bottes de cuir brunes à larges
revers ce qui lui permettait d'y enfiler le bas de ses pantalons et de
rabattre la bordure de cuir de la botte vers l'extérieur et le bas.  On
aurait dit des bottes de mousquetaires si elles eussent été plus
hautes.  Il portait aussi toujours une même chemise beige foncé
assortie au pantalon et une veste de daim marron.  Comme il portait
toujours la même chose, mon imagination a tôt fait d'imaginer les
odeurs de son intimité qui devaient se cacher dans le fond de son
pantalon de velours sur lequel il était assis à longueur de
journée.

Quant à sa chemise, ou ses chemises toutes pareilles, j'aimais mieux
penser qu'il n'en avait qu'une seule.  Elle devait aussi contenir la sueur
de ses aisselles et de son dos.  Il était si sexy que tout cela ajoutait
à mon excitation.  Voilà ce que j'avais raconté un jour à
Bertrand quand il m'avait parlé de cet étudiant en lettres
françaises qui «tournait» autour de lui constamment.  Et voilà
les propos qu'il me servait maintenant pour se justifier de l'avoir
invité.

Je me demandais s'il n'avait pas eu du sexe avec Claude.  Peut-être
voulait-il le partager avec moi pour se faire pardonner son
infidélité, quoiqu'il n'eût rien à se faire pardonner car je
connaissais sa puissance de drague et je l'acceptais tel qu'il était?
Peut-être aussi comptait-il sur ce voyage et notre propre relation pour
initier Claude à nos jeux? Peut-être encore, sachant que lui-même
retournerait en France après Noël, voulait-il me faire un cadeau de
remplacement; cela était tout à fait son genre?  Peut-être enfin
n'était-ce rien de tout cela?  Il avait peut-être été
simplement incapable de ne pas inviter Claude.  J'imaginais facilement que
lorsque Bertrand eût parlé à Claude de «notre » projet d'un
long week-end à New York, celui-ci avait manifesté un tel
enthousiasme et une telle déception de ne pas être du groupe, que
Bertrand avait cédé à une impulsion généreuse, ce qui
était aussi tout à fait conforme à sa personnalité.

Bref!  Il serait là et je devrais composer avec sa présence.  Je me
demandais s'il allait porter son ensemble marron-beige-brun ou si sa valise
nous réservait des surprises.  Je me moquais et je faisais rire
Bertrand.  Je disais : « Je te préviens, s'il dort avec ses
vêtements, je les lui arrache et je les lui fait sentir! »

Nous sommes partis un vendredi matin.  Bertrand avait loué une voiture.
J'ai eu l'impression que, même s'il était au courant de ma
présence, Claude ne semblait pas trop enchanté de devoir partager son
cher prof avec moi.  Il avait peut-être aussi envers moi des
ressentiments compréhensibles étant donné qu'il se rendait bien
compte de la complicité qui existait entre Bertrand et moi.  Il était
évident que notre relation avait une longueur d'avance sur celle qu'il
entretenait ou plutôt qu'il tentait d'entretenir avec son prof depuis
quelque temps.  Il y avait une telle aisance entre Bertrand et moi que la
grande intelligence de Claude devait sans doute en avoir cherché
l'explication.  À moins qu'il ne l'eût déjà trouvée après
seulement quelques heures de voiture.  Je le voyais comme un observateur
attentif de chacune de nos blagues, de chacune de nos remarques, de chacun
de nos silences et de nos regards parfois chargés de sous-entendus.  Un
peu avant d'arriver à New York, j'ai interprété l'une des
expressions de son visage qui semblait dire, en mettant les mots dans la
bouche d'un autre personnage que celui désigné par Molière : «
Mais, que diable, suis-je venu faire dans cette galère? » Au premier
dîner à New York, Bertrand aborda peu à peu le monde des relations
humaines afin de pouvoir, tout naturellement bien sûr, introduire celui
de la sexualité afin de pouvoir, tout aussi naturellement bien sûr,
aborder celui des fantasmes et il parla alors du Marquis de Sade.  Claude
était un peu intimidé quand on en venait à faire trop de
rapprochements entre les habitudes et les fantasmes des hommes du XX è
siècle et ceux du XVIII è où Sade avait vécu.  En somme,
Bertrand lui faisait presque le même grand jeu qu'il m'avait fait quand
il m'avait invité à dîner la première fois chez lui.

Je me demandais, avec humour et admiration, combien de temps il faudrait à
notre cher prof pour donner envie à Claude de nous rejoindre dans notre
lit.  Mais Claude restait prudent.  On voyait clairement qu'il n'avait pas
envie de paraître « coincé » aux yeux de Bertrand.

Aussi brillant et cultivé en matière de littérature que d'histoire
de l'art, Bertrand nous parlait de la Beat Generation.  Il racontait
qu'Allan Ginsberg était amoureux fou du grand et sexy Jack Kérouac,
l'auteur de On the Road.  Il nous entretenait longuement de ce roman que
Claude connaissait pourtant bien, et moi aussi d'ailleurs.  Il nous
expliquait la relation ambigüe de Moriarty (le bel ami de Jack
Kérouac qui s'appelait dans la réalité Neil Cassidy) et de
Kérouac lui-même dans cette quête de soi que représente ce
roman.  Il lui montrait comment Kérouac, bien que fondamentalement
hétérosexuel, s'était laissé charmer par Moriarty (Cassidy) et
comment il avait utilisé sa sexualité et ses désirs pour Moriarty
comme une sorte de grammaire pour écrire son roman.  Claude buvait ses
paroles.  Et moi aussi d'ailleurs.  C'était si beau d'entendre Bertrand
nous raconter tout cela et il était encore plus beau quand il parlait.
Il devenait notre Moriarty.  Et tels de nouveaux Kérouac, nous nous
laissions porter par les désirs qu'il faisait sourdre en nous.

Pour moi, c'était une évidence : Bertrand n'avait qu'à bouger ou à
se mettre à parler d'art, de littérature, de musique ou de quoi que
ce soit d'autre, il me faisait bander.  Il était si beau, si grand, si
magnifique, si sexy quand il se mettait à raconter...à enseigner.  Et
si, en gesticulant, il bougeait un peu trop et que son odeur parvenait à
mes narines, je ne pensais plus qu'à lui lécher les pieds et à lui
sentir le cul.  Je ne savais pas encore pour Claude mais pour moi
c'était devenu un réflexe automatique.

Sans qu'il m'ait été possible de lire dans la pensée de mon
compagnon de voyage, et pas davantage facile d'aller vérifier s'il y
avait bien une bosse sur le devant de son pantalon marron (il portait au
départ les mêmes vêtements que tous les jours), le regard qu'il
posait sur Bertrand ne me paraissait pas aussi virginal que celui d'une
Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus en prière, les yeux rivés
sur une image sainte.  Il y avait de la concupiscence dans le regard que
Claude posait sur notre prof commun.  Réchauffés par ce cours
improvisé, ou savamment préparé, sur la Beat Generation, les
propos de Claude confirmèrent qu'il reconnaissait l'importance d'être
ouvert à ce que la Vie mettrait sur son chemin afin d'aller au bout de
sa propre quête de liberté et de dépassement.  « Sans qu'il
soit nécessaire de vivre Une Saison en Enfer à la Rimbaud, On the
Road offre une alternative intéressante et moins traumatisante à la
nécessité d'une sorte de dérèglement des sens. » Wow!  De
telles paroles montraient que le cours de Bertrand portait ses fruits.
Rassuré sur les intentions philosophiques de Claude qui se déclarait
être prêt à vivre plus dangereusement sur le plan émotif,
incluant la dimension sexuelle, il restait à mon beau et bon prof une
autre étape à franchir : introduire dans la tête de Claude des
images susceptibles de déclencher la mise en marche du projet
mental. Car, autrement, il pourrait tout aussi bien le remettre à plus
tard, à si tard, qu'il ne se réaliserait jamais et resterait une
belle discussion de table par un beau soir de novembre à Manhattan.

Bertrand nous fit remarquer qu'il nous avait amené dîner McDougal
Street, tout près du Café Picasso, haut-lieu de la Beat Generation;
donc très fréquenté par Ginsberg et Kérouac où l'on irait
d'ailleurs prendre un café après dîner.

Cette dernière remarque mit fin à mes doutes quant à savoir si un
plan avait été préparé par Bertrand.  Il y en avait bien un. Il
restait à savoir, premièrement s'il avait été concocté dans
les moindres détails ou seulement dans ses grandes lignes, et
deuxièmement s'il avait des chances de succès auquel succès
j'espérais bien être convié.  Pendant que la « Roulette »
continuait de tourner, que notre prof reprenait la conversation, je bandais
de plus en plus en prévision que la Banque (Claude) allait sans doute
sauter et, qu'avant l'aube, j'aurais les « jetons » de Claude dans la
main.  Depuis le temps que je voulais voir ce qu'il y avait dans ses fameux
pantalons marron!

Pour mettre des épices dans la sauce, Bertrand nous parla ensuite de
William Burroughs. Grand ami de Kérouac et de Ginsberg, Burroughs
était de loin le plus excessif des trois.  Si tous étaient de grands
consommateurs d'alcool, de marijuana et de morphine obtenue chez des
médecins peu scrupuleux, Burroughs était accroché aux drogues
dures, comme l'héroïne, et il était amateur aussi de champignons
magiques comme le peyolt.  C'était là l'une des raisons pour laquelle
il a vécu longtemps au Mexique où Kérouac était allé le
rejoindre pour « tripper » temporairement avec lui.  L'autre raison
qui poussa Burroughs à vivre au Mexique, même s'il y vivait avec SA
femme (?), c'était la proximité des jeunes garçons très «
disponibles » à cette époque là.  Il fréquentait un milieu
de loubards qui lui fournissaient sa drogue, qui lui rendaient des services
sexuels et qui vivaient avec lui, sous son toit, protégés des
descentes policières.  La drogue, la chaleur ambiante, l'intimité et
l'odeur de tous ces voyous, les plats épicés sans doute et une
très grande oisiveté plongeaient les petits compagnons de Burroughs
dans des rêves et des activités érotiques de plus en plus morbides
et sophistiquées.  Il était comme Tibère dans sa Villa de Capri,
vivant dans une sorte de débauche continue.  Bertrand nous parla de son
œuvre en général mais surtout de Naked Lunch, son plus grand
succès littéraire.  Bien que je ne sois pas intéressé vraiment
par les jeunes garçons, et Claude non plus sans doute, les anecdotes
croustillantes que Bertrand nous racontait de ce roman, avait tout de
même un effet saisissant sur mon bas ventre.  Claude semblait dans le
même état que moi, du moins à en juger par son regard qui me
paraissait plus pénétrant que d'habitude et par son souffle
accéléré.

Bertrand savait ce qu'il faisait, je n'en avais plus aucun doute à
présent.  Les récits de Naked Lunch constituaient vraiment les «
épices dans la sauce » comme je l'avais préalablement pressenti.
Après dîner, tel qu'annoncé précédemment, on est allé
prendre un café au Picasso.  Puis, on a regardé les boutiques de
Bleeker Street en allant vers l'ouest jusqu'à Christopher Street que
l'on a remonté vers Greenwich Avenue.  Christopher Street était
encore, à cette époque, la rue gay importante de New York.  Les
commentaires de Bertrand et son aisance dans la rue laissaient voir et
entendre clairement que, s'il n'était pas exclusivement gay, il ne
dédaignait pas, à l'occasion, un bon morceau de mâle.  Il nous
invita à prendre un dernier verre au Boots and Saddles avant de sauter
dans le métro pour rejoindre notre hôtel près de Times Square.


Parvenus à l'hôtel, Bertrand me regarda droit dans les yeux comme
pour m'avertir de ne pas le contredire et il annonça qu'il dormirait
seul dans un lit et nous dans l'autre.  Ce n'était pas le plan initial,
mais je ne détestais pas l'idée de me retrouver près de Claude
durant la nuit.  Comme ce dernier manifesta son intention de prendre une
douche après cette journée passée assis dans la voiture et à
déambuler dans New York, je n'ai pas osé lui dire que cela me
priverait de bénéficier de ses odeurs naturelles.  Je comprenais
aussi que, sachant qu'il partagerait le lit avec moi, il croyait me rendre
ainsi plus à l'aise.  C'était vraiment une marque de gentillesse de
sa part.  Évidemment, il ne pouvait pas savoir que mes fantasmes
auraient choisi, s'ils eussent pu le faire, une autre alternative que la
douche.

Dès qu'il fût dans la salle de bain, où il s'était rendu
seulement en slip, je me suis précipité vers son fameux pantalon
marron en velours côtelé et j'en ai sniffé l'intérieur sous le
regard amusé de Bertrand.  Tout en me laissant me caresser le sexe et
vivre mon fantasme, il me mit au fait de ses dernières manœuvres pour
faire succomber Claude et il me pria de suivre ses consignes sans
discussion.  On n'avait pas le temps d'en débattre de toute manière,
le temps d'une douche étant relativement court.  Il a rapidement
commandé un film bisexuel à la télé et on s'est empressé de
se dévêtir et de s'allonger, chacun sur son lit (moi sur celui que
j'allais partager avec Claude).  Ne gardant que nos « bobettes », la
tête appuyée sur des oreillers et faisant semblant d'être excité
par le film, on se caressait lentement le sexe.  Le mien était déjà
bandé dur depuis que j'avais sniffé le fond de culotte abondamment
chargé de l'odeur du cul du beau Claude.  De plus, l'odeur «
enchanteresse » du corps de Bertrand dévêtu dans la chambre
entretenait l'effet. Tout cela se mit en place rapidement, sans discussion,
comme Bertrand, maître des consignes, me l'avait signifié.

Quand Claude est sorti de la salle de bain, une serviette entourant sa
taille et son slip dans une main, il figea devant le spectacle que nous lui
offrions, si savamment préparé.  Les lampes étaient éteintes
mais les lumières de Manhattan entraient suffisamment dans la chambre
pour qu'on y vît très clairement.  Le point lumineux provenant de
l'écran du téléviseur créait une étrange atmosphère comme
une zone crépusculaire (Twilight Zone).  Comme Bertrand et moi avions
commencé à nous caresser la bite par-dessus nos slips, tout en fixant
la télé, Claude vint s'allonger silencieusement à côté de
moi après un moment d'hésitation.  Il se coucha cependant
complètement et se tourna du côté qui nous était
complètement opposé faisant mine de vouloir s'endormir en nous
abandonnant à nos «juvéniles et vulgaires activités ».  Je
l'entendais presque penser. Du moins, ses gestes pouvaient-ils nous laisser
croire à de telles pensées. Mais la timidité pouvait aussi
contredire tout cela.

Bertrand m'a dit, assez fort pour être bien entendu de Claude : «
Enlève ton slip, Alex et branle-toi avec moi! Faut se défaire du
stress de la route!  J'entendais aussi de celui d'On the Road! Paraît-il
qu'il n'y a rien de mieux qu'une bonne branle. » Claude ne bougeait pas.
J'ai enlevé mon slip en faisant du bruit et j'ai attrapé ma queue en
la faisant claquer dans ma main.  Après quelques minutes de
masturbation, je me suis retourné vers Claude et je lui ai dit doucement
: « Ce n'est pas possible qu'on ne réveille pas la « bête »
en toi, Claude.  Je suis sûr que tu es bandé. Il ne faut pas être
gêné entre compagnons de voyage.  Ginsberg, Kérouac et Burroughs,
ça peut être nous aussi si on le veut bien! » Lentement, très
lentement, j'ai avancé ma main sur sa cuisse.  Il n'a pas bougé. Puis
j'ai osé, sur un signe de Bertrand, remonter la main sous sa serviette
et atteindre sa queue qui était toute raide et dure; c'était bon
signe.  J'ai caressé un peu ses couilles et je l'ai lentement masturbé
sous la serviette.  Il avait une magnifique queue.  Elle était longue et
plutôt mince mais parfaitement sculptée; une œuvre d'art en somme.
Il fallait que je voie cela de plus près.  J'ai défait le nœud de
sa serviette et j'en ai rabattu les pans sur le côté.  J'ai donné
encore quelques bons coups de branlette à sa queue puis, je lui ai
glissé à l'oreille, du ton le plus chaud et sensuel que mon registre
de voix pouvait me le permettre : « Bertrand et moi, nous allons nous
crosser ensemble et on a envie que tu le fasses avec nous.  Je suis sûr
que toi aussi tu en as envie.  Ta queue répond pour toi.  Alors?  Viens
Claude! » Je prenais le risque qu'il se réfugie dans les toilettes.
Mais il a dû songer à l'atmosphère intolérable qui régnerait
entre nous le reste du voyage s'il se sauvait ainsi pour nous fuir.  Sans
doute aussi le discours de Bertrand sur la Beat Generation, sur Burroughs
et sa sexualité débridée, son propre discours sur l'abandon à
ce que la vie place sur notre chemin, la situation également très
excitante avec Bertrand, son héros, et moi qui n'était pas laid du
tout...tout cela a pesé lourd et il s'est retourné lentement vers
nous comme quelqu'un qui s'éveille après une longue nuit de sommeil.
Il s'étira et se redressa pour s'installer finalement comme nous, le dos
appuyé sur des oreillers contre la tête de lit juste à côté
de moi.  Il a attrapé sa queue avec sa main gauche, on se cognait
parfois les coudes car je suis droitier, et il s'est masturbé avec nous.
Il regardait de temps en temps la télé pour la forme, mais il
regardait plutôt le mouvement de nos mains sur nos queues respectives.
Nous non plus on ne se gênait pas pour l'examiner.  Il le voyait bien et
il semblait de plus en plus apprécier son rôle d'exhibitionniste
improvisé.

Soudain, Bertrand a quitté son lit et il nous a rejoints.  Il a emporté
avec lui deux oreillers qu'il a installé au pied du lit pour se
retrouver en face de nous.  C'était une sorte de « Circle Jerk »,
comme on dit aux États-Unis.  On était gêné tous les trois mais
la gêne nous excitait davantage.  C'est Bertrand qui en fit la remarque,
ce qui contribua à nous gêner davantage...donc à nous exciter
davantage.

À un moment donné, je me suis penché, j'ai déplacé
délicatement la main de Claude et j'ai engouffré son pénis dans la
bouche.  Je l'ai sucé comme je voulais qu'il ne l'oublie plus jamais.
Je léchais sa queue de haut en bas et en sens contraire.  Je mordillais
le frein.  Je chatouillais le méat avec la pointe de ma langue et je
passais ma langue sur ses couilles.  Je pompais sa bite comme un piston de
moteur.  Il soufflait de plaisir.

Bertrand s'est allongé sur le côté et nous avons fait un 69 à
trois; moi je prenais Claude, Bertrand me prenait et on a laissé à
Claude le plaisir de découvrir la belle et grosse queue de son prof dont
il avait sûrement rêvé, autant que je l'avais fait moi-même,
dans le silence de sa chambre, la main dans son froc.

Relevant une jambe de Claude, j'ai atteint son cul qui sentait bien sûr
le savon de douche.  Mais, se distinguait encore, au fond des poils noirs
et raides, un mystérieux parfum d'épices vieilles et un peu rances
comme cette fragrance de girofle mêlée à de la pollution
atmosphérique que l'on distingue entre toutes quand on descend d'avion
dans un aéroport d'Indonésie.

Quand j'ai commencé à lécher son cul, Claude s'est
littéralement mis à gémir.  Je lui ai même demandé s'il
voulait que j'arrête car je ne comprenais pas clairement si cela lui
plaisait ou s'il s'y soumettait par une sorte de crainte à me repousser.
Quand il a murmuré : « Continue!  Lâches-moi pas!  C'est tellement
bon! », je savais que je pouvais pousser ma langue le plus loin possible
et que je le mènerais à l'orgasme.  Ma langue dans son cul, une main
affairée à lui masser les couilles et l'autre le masturbant, Claude a
craché son jus en émettant un cri profond, sauvage, primal.  J'avais
la certitude que c'était sa première relation sexuelle avec une
personne autre que lui-même.  Plus tard durant l'année, il me le
confirma.

Bertrand et moi avons laissé Claude reprendre ses forces pendant qu'on
achevait de se masturber l'un l'autre.  La chambre sentait le sperme, le
cul et les pieds de Bertrand, sans doute aussi les miens que je ne sentais
plus par habitude, et un peu le savon de douche.  Cependant, traînait
encore dans mes narines l'odeur forte et acide du fond des pantalons marron
de Claude.  Pour un premier soir de voyage, c'était plutôt réussi
et Bertrand était un grand maître de la Bate Generation autant que de
la Beat Generation.

...

Le lendemain matin, c'était une journée plutôt froide de fin
d'automne, mais le soleil était au rendez-vous.  Comme on avait dormi
sans tirer les tentures, c'est la lumière du jour qui nous a
réveillés presque au même moment.  Claude s'était collé
contre moi au cours de la nuit et je sentais sa queue toute bandée
contre mes reins.  Je n'ai pas bougé pour qu'il ne pense pas que je
voulais le repousser.  Mais quand il a ramené son bras par-dessus ma
taille pour attraper mon pénis et vérifier son état, alors je lui
ai montré que son message était reçu.  Je me suis retourné face
à lui.  Il m'a fait un beau sourire, certainement difficile à
réaliser pour lui car, non seulement était-il un beau ténébreux
à l'air un peu triste et tourmenté auquel le sourire ne collait pas,
mais il avait une petite bouche et des lèvres plutôt minces qui
donnaient à son exercice une allure tout à fait inadaptée.
Sourire ne convenait pas à son style.  C'est pourquoi ce sourire là,
ce matin-là, devait sans doute venir du fond de son cœur.  Je le lui
ai rendu le plus largement possible et j'ai approché mes lèvres pour
l'embrasser.  En avançant la bouche, j'ai senti une certaine peur, un
léger recul, puis, en fermant les yeux, il s'est abandonné
complètement et nos lèvres se sont rencontrées pour une
première fois.  En s'entrouvrant, nos bouches ont permis à nos
langues de faire le reste comme de vraies professionnelles.  Nos mains ont
tout naturellement glissé vers nos queues toutes bandées et on a
commencé à se masturber lentement, face à face et
réciproquement.  Bertrand, réveillé comme nous par la clarté du
jour, se rendit compte qu'on avait débuté la journée sans
l'attendre.  Mais il n'en prit pas du tout ombrage.  En bon voyeur, il nous
a laissé nous enfoncer plus avant dans notre action tout en nous
observant.  Il a fini par se lever et venir se placer sur notre lit pour
mieux voir et se branler tout seul devant le show, cependant plutôt
discret, qu'on lui donnait.  On a joui presque tous les trois en même
temps.  Bertrand a propulsé son jet sur nos hanches et notre poitrine.
Avec une main, j'ai ramassé et mêlé les trois semences sur mon
ventre jusqu'à les confondre complètement et j'ai porté à mes
lèvres une bonne lippée de mon heureux mélange.  Bertrand s'est
avancé pour en cueillir une bonne lippée qu'il a aussitôt
avalée.  Lui et moi avons regardé dans la direction de Claude qui,
timidement, a tendu la main pour venir chercher sur mon ventre une quantité
tout de même assez substantielle de ma préparation et il la porter à
son tour à ses lèvres.

Quand tout le « breuvage », du moins une bonne partie, fut
consommé, Bertrand a conclu sur un ton assez sarcastique : « On est
uni maintenant tous les trois, pour le meilleur et pour le pire » comme
pour nous avertir que la party ne faisait que commencer.  « J'espère
bien, dis-je, qu'on va pousser plus loin le « dérèglement de nos
sens » sans passer pour autant une Saison en Enfer, n'est-ce pas Claude?
» Il savait très bien que je faisais allusion à ses propos de la
veille et que, s'il ne voulait pas se contredire, il allait désormais
devoir accepter de vivre avec nous d'autres expériences.  « Je vous
suis, les gars. » a-t-il fini par dire en guise de conclusion.

Alors, sur un ton solennel, mais qui n'avait de solennel que la forme,
Bertrand nous annonça, sourire aux lèvres : « Le programme de
notre séjour à New York sera donc le suivant, mes amis : musées,
promenades historico-romantiques des écrivains, un peu de shopping... _
il fit une pause stratégique_ et shopping pour se procurer de l'herbe et
des gadgets pour plus tard dans la nuit ».  Claude a blêmi et j'ai
senti qu'il a redit encore une fois dans sa tête la réplique de
Molière: « Mais que diable suis-je venu faire dans cette galère? »
Devant son air étonné, j'ai poursuivi en disant : « Si je
comprends bien ce que vient de nous dire Bertrand, tu l'auras peut-être
après tout, mon cher Claude, ta Saison en Enfer! » Et je me suis mis
à rire, suivi par Bertrand...suivi par Claude avec un certain retard.

À suivre :   Une fin d'après-midi grise à Manhattan
Alexandre